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Ca fait bien plaisir de revoir 15 ans après ce bon vieux classique du grand n'importe quoi woo-esque, d'autant qu'on se rend compte que, ben non, c'était finalement pas si n'importe quoi que ça. En tout cas au niveau de l'idée de départ et de la mise en scène, parce que c'est vrai que dans les détails du scénario, ça laisse un peu pantois. Il s'agit en gros, pour les 5 personnes qui ne l'ont pas vu, d'un bandit et d'un flic qui échangent leur identité, y compris physiquement puisque leur tronche est greffée sur le corps de l'autre, au point que même leurs femmes respectives s'y laissent prendre. C'est la plus belle réussite du film : malgré le côté complètement improbable de l'idée (la scène hilarante du scientifique qui explique comment il va s'y prendre pour faire la greffe de visage, c'est de la SF des années 50), elle fonctionne en plein, jusqu'au trouble. Cage devient Travolta, Travolta devient Cage, et les deux acteurs sont particulièrement inspirés quand il s'agit de laisser dans leur "nouvelle personnalité" des traces de celle que leur partenaire avait plantée. En devenant le gentil flic, Cage n'abandonne pas le petit grain de folie qu'il avait posé au centuple sur son personnage de truand ; mais il s'accapare aussi le côté très mélancolique que Travolta avait trouvé de son côté, construisant un personnage à la jonction des deux acteurs ; Travolta fait la même chose de son côté, endossant avec visiblement beaucoup de plaisir la démesure de Cage mais en gardant cette façon inimitable de bouger. On est tellement bluffé qu'on se prend souvent à se dire : "Ils sont super bien déguisés, les bougres, on dirait vraiment Cage et Travolta". Le film aurait pu prolonger beaucoup plus cette ambiguïté, par exemple en abordant frontalement les thèmes de la sexualité (Cage en surhomme phallique, Travolta en impuissant, et l'échange de leurs rôles qui pourrait aller jusqu'à l'inceste) ; Woo est un grand coincé de ce côté-là, préférant l'action pure au trouble scénaristique. Mais tel quel, on savoure quand même.

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Côté action, diable, on en a jusqu'à plus soif, et pas de la mesurée au compte-gouttes. On connaît le style de Woo : il est ici multiplié par 2000. Il suffit qu'un personnage refasse son lacet pour que le réalisateur en fasse une dantesque scène pyrotechnique, avec 32000 colombes, 50 ralentis et 800 "wooosh" pour chaque mouvement de doigts. Tout est sur-stylisé jusqu'à l'absurde (la scène de fusillade dans un hangar, un grand moment de voltige qui ne sert strictement à rien), et jusqu'à l'abstraction : le film se termine sur une poursuite en hors-bord où les deux protagonistes, vus du ciel, sont réduits à deux lignes d'écume qui se croisent sur un fond bleu ; la sophistication faite simplicité. On peut être agacé par cette façon de ne jamais faire simple, de tout vouloir rendre spectaculaire, de choisir de nous en mettre plein les mirettes plutôt que plein le cerveau, mais le fait est que ça marche parfaitement, et qu'on en prend plein la tête. On oublie alors la crétinerie totale du scénario pour se laisser aller au simple plaisir de voir deux bons acteurs se mettre sur la gueule sur fond de feu d'artifice et de roulements de tonnerre. Du film d'action couillu et basique, mais avec de vrais bouts de sensibilité et de mélancolie dedans : nécessaire, oui.