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Voilà un film relativement intrigant du gars Preminger qui se plaît à laisser planer le suspense jusqu'au dernier quart d'heure. Le pitch de départ est assez simple : une jeune femme (Carol Lynley is Ann) venant des Etats-Unis est accueilli par son frère (Steven) en Angleterre. Elle confie sa gamine dans une école mais stupeur quand elle va la chercher : la chtite Bunny a disparu (au moins le titre est clair). Laurence Olivier va mener l'enquête et ne va pas tarder à avoir des soupçons sur le bien fondé de cette disparition d'autant que toutes les affaires de la chtite Bunny (qu'on ne voit point) ont disparu et qu'il n'y aucun témoin oculaire de son existence... Et si cette Ann n'était point un peu toc-toc et avait complètement fantasmé la gamine ? Le comportement ultra protecteur de son frère - qui semble plus prendre soin de sa soeur que de se soucier de sa nièce - a une fâcheuse tendance à nous orienter dans cette direction...

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On reconnaît la marque esthétique de notre Otto qui filme avec une remarquable fluidité notamment toute la première partie : alors que tout le monde fouille chaque recoin de cette école, la caméra comme montée sur coussin d'air passe d'une pièce à l'autre, voire d'un étage à l'autre avec une facilité, une grâce qui force le respect... On assiste ensuite, surtout, à une galerie de portraits qui fait la part belle aux personnages légèrement "défraîchis" et originaux qui semble tout droit sorti d'un roman de Dickens : une cuisinière autoritaire, une vieille dame recluse qui passe son temps à travailler sur un livre sur l'imagination des enfants, un propriétaire (celui de la nouvelle maison d'Ann et Steven) alcoolo, amateur de chansons paillardes et indéniablement azimuté, un vieux réparateur de poupées sur un fauteuil roulant... Preminger semble se plaire à nous perdre dans le dédale de cette école - et de cette histoire (le commissaire est-il incompétent, ou Ann affabule-t-elle vraiment ?) en multipliant les fausses pistes - est-ce que l'un de ces curieux individus pourraient être responsable de l'enlèvement de la gamine, point d'interrogation... Lorsque soudainement la clé du mystère est donnée - on ne peut guère donner d'indice sans péter la surprise : disons simplement qu'on plane, sur la fin, entre scènes macabres et rapports malsains... vi -, on est presque déçu que le doute n'est pas plané jusqu'au bout... Sans faire d’anachronisme pour le fun, disons que cette œuvre - mineure - de Preminger n'est pas sans faire penser au Frantic de Polanski avec cette panique qui s'empare de ce bon Harrison Ford ayant paumé sa femme en terre inconnue (Paris, France) - la comparaison pourrait certes s'arrêter au niveau de l'intrigue de base. Le tour de force de Preminger, c'est que, si on est persuadé au départ que la Ann est dans son bon droit, le Commissaire qui mène pointilleusement l'enquête a méchamment tendance à nous convaincre de sa théorie (Mais ouais, Bunny est ton enfant, c'est ça)... Bon, on se perd parfois il est vrai un peu en route - faute de rebondissements mais aussi de rythme - est la fin frôle un peu le grand-guignol - une démonstration en un sens un peu longuette. Mais les petits moments inquiétants qui percent ici ou là grâce aux personnages secondaires et aux lieux traversés (une école où la surveillance semble bien légère, l'intérieur hallucinant du proprio qui collectionne toutes sortes d'objets étranges (dont des fouets...), ce capharnaüm du magasin de poupées (qui rappelle également un court de Polanski - La Lampe), cet hôpital aux sombres recoins...) valent tout de même le coup de se plonger dans l'histoire de Bunny Lake. 

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