"La tristesse durera toujours" - Van Gogh -

"Ça me frappait beaucoup cette phrase. Je pensais comme tout le monde. Je croyais que c'était triste d'être un type comme Van Gogh. Je crois qu'il a voulu dire que c'est les autres qui sont tristes. C'est vous qui êtes tristes. Tout ce que vous faites, c'est triste..."

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A nos Amours  est à la fois le portrait d’une adolescente de seize ans qui se cherche et celui d’une famille qui se délite. Sandrine Bonnaire, dont il s’agit du tout premier film, apporte son innocence et sa candeur à ce personnage de Suzanne qui enchaîne les liaisons et les désillusions. Nombreuses sont les relations avortées de Suzanne à un âge de la vie où l’on ne finit pas toujours ses phrases, à une période où il est souvent plus facile de savoir ce que l’on ne veut pas que ce que l’on désire…  Suzanne passe donc d’un amant à l’autre sans jamais vraiment parvenir à s’attacher, refusant de se donner à son premier amour mais n’hésitant point à suivre des hommes pour une relation d’un soir ou à avoir une aventure avec un homme infidèle : que retire-t-elle réellement de ces différentes histoires ? Le plus souvent un certain dégoût… Elle semble vouée, dès son plus jeune âge, au désenchantement et nombreuses sont les occasions où elle exprime tout son mal-être.

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Mais le pire, chez Suzanne, semble surtout venir des relations qu’elle entretient avec sa famille : un père, souvent des plus maladroits pour communiquer avec sa fille, qui finit par déserter le foyer, un frère violent qui ne rate rarement une occasion pour la battre et une mère totalement schizophrène qui n’en finit point d’avoir de terribles crises… Difficile dans ses conditions de trouver un véritable équilibre sentimental et affectif. Maurice Pialat, fidèle à son style ultra réaliste, filme ses séquences explosives au plus près et réalise ainsi sûrement l’un de ses films les plus âpres (et ce malgré l’évidente luminosité de son héroïne). Les coups pleuvent sur Suzanne mais celle-ci n’hésite jamais à relancer la bagarre, entretenant des liens ambigus avec son frère qui a de son côté des relations quasi-incestueuses avec sa mère... Si le portrait de cette fille de seize n’a en fait rien de réjouissant, le portrait de cette famille qui se déchire sous nos yeux est finalement encore pire. Quand Suzanne se marie pour pouvoir s’émanciper et échapper à cette infernale ambiance familiale, la lune de miel tourne court… Elle se lasse rapidement de cet homme protecteur un peu tendre et rejoint l’un de ses anciens amants. Le titre – A nos Amours – qui aurait pu annoncer une œuvre relativement gaie prend alors une résonance terriblement caustique.

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Et pourtant, de l’amour il y en a malgré tout, en particulier dans les relations entre Suzanne et son père. Même si ce dernier se montre souvent autoritaire envers sa fille, il parvient à plusieurs occasions à faire preuve d’une immense tendresse, d’une véritable attention (la magnifique séquence où il remarque que sa fille a perdu l’une de ses fossettes) et leurs échanges se teintent d’une grande sincérité (la discussion qu’ils ont sur les relations intimes). Ce sont d’ailleurs peut-être les deux seuls personnages qui semblent trouver grâce aux yeux du réalisateur, qui semblent pouvoir nourrir un quelconque espoir : en décidant de quitter cette famille on ne peut plus sordide – le père s’installant dans un autre appartement et la fille décidant de s’envoler vers d’autres horizons -, ils peuvent espérer échapper aux rapports destructeurs qui règnent en maître au sein de cette famille. La séquence sur la toute fin où le père fait une apparition surprise dans son ex-foyer et règle à chacun ses comptes est d’une intensité terrible – aussi glaçant que la musique de Klaus Nomi et, sans aucun doute, un très grand moment de cinéma du père Maurice… Un immense Pialat, acteur et réalisateur, que dire de plus mes bons...?

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