vlcsnap-2011-11-09-16h39m47s179Je continue ma petite ballade chahinesque avec ce nouvel exemple d'humanisme engagé. On appréciait le lyrisme emporté de La Terre, nous voilà cette fois-ci dans une austérité pleine de retenue, pour évoquer une nouvelle fois les malheurs du peuple égyptien face à l'Histoire et aux gouvernants. Avec Le Moineau, c'est de la guerre des 6 jours que Chahine veut parler, anonçant d'emblée, dès le départ, que le film est là pour tenter de comprendre l'échec de la révolution et de la politique de Nasser à ce moment-là. Le film est placé sous cette atmosphère défaitiste et amère, presque étouffée sous la culpabilité : on sent que Chahine s'adresse à la postérité, à ceux qui voudront comprendre cette époque, et que le bilan qu'il en tire n'est guère brillant.

Le réalisateur s'attache donc à une poignée de personnages du peuple qui, chacun dans leur domaine, vivent cette période tourmentée. On s'attache surtout à Yussif, journaliste mettant le nez dans un système étatique corrompu et brûlant de clamer la vérité, et à Rawf, jeune militaire à la solde du pouvoir et qui va ouvrir les yeux sur la vraie nature d'icelui. Autour de ces deux valeureuses figures (campées comme toujours avec beaucoup de force et de photogénie par les acteurs) s'agitent de petits personnages hauts en couleurs, tous confrontés à la grande Histoire. Le film est indéniablement sincère, indigné, nécessaire même ; mais l'ambiance désespérée finit par vlcsnap-2011-11-09-16h36m54s199gangréner un peu l'ensemble : tout est triste, gagné par le malheur, y compris les scènes les plus lumineuses, dont on sait que Chahine sait très bien les réussir s'il le veut. Ici, c'est un peu fade, on s'ennuie même franchement sans jamais retrouver la luminosité des grands portraits de communauté que le brave Youssef a su nous offrir par le passé. Renoir s'est laissé bouffer par la noirceur, quoi. Si le film est intéressant historiquement (malgré un scénario parfois confus dans sa construction, qui fait qu'on perd pas mal de choses (à moins d'être né là-bas, ce qui n'est pas exactement mon cas)), il l'est moins pour cette fois en termes de rythme, de "couleurs" et de mise en scène : beaucoup de plans fonctionnels, sans puissance, des cadres assez plats, et un manque de souffle qui gagne l'ensemble. Il y a heureusement un dernier quart-d'heure de toute beauté, où le lyrisme est à nouveau de sortie : une incursion du documentaire au sein de la fiction, avec ce discours sidérant de Nasser annonçant sa démission, suivie par un véritable élan révolutionnaire menée par une femme à la Anna Magnani ; quelques secondes hors de tout qui clôturent ce film sur une bonne impression. Sans elles, Le Moineau aurait été assez terne et déceptif.

Et puisque c'est Cinétrafic qui a eu la bonne idée de m'envoyer ce coffret Chahine, quelques mentions obligatoires à l’adresse de nos lecteurs enthousiastes :
COFFRET 4 FILMS DE YOUSSEF CHAHINE : GARE CENTRALE (1958), LA TERRE (1969), LE MOINEAU (1973) et LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGUE (1976)
Coffret 4 DVD et 1 livret disponible le 5 octobre 2011 - Films en version restaurée - Editeur : Pyramide Vidéo
2 heures de bonus exclusifs incluant la préface de chaque film par Thierry Jousse, des documentaires inédits et des entretiens avec des proches de Youssef Chahine, qui évoquent sa personnalité, son œuvre et ses méthodes de travail
Crédit films : © Misr International Films
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