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Les Goonies, c'était pas terrible dans les années 80 ; eh ben c'est pas mieux 30 ans plus tard. Drôle d'idée de la part de J.J. Abrams que celle de vouloir rendre hommage au ciné de divertissement des 80's, qui n'a franchement pas apporté grand-chose à l'histoire du cinéma (si on exclut Spielberg et quelques Joe Dante à la rigueur). Mais bon, c'est son choix, et dans un premier temps on apprécie de retrouver quelques motifs immédiatement repérables : les mômes en vélo, la petite ville résidentielle tranquille, la musique toute gaie, la photo apaisante, ce genre de choses, comme une replongée en enfance. Mais très vite, passé l'effet madeleine proustienne, le film se trouve face à ses échecs. Super 8, c'est en quelque sorte : comment gâcher un scénario brillant en 10 leçons. Encore une fois (comme il l'avait fait pour Mission impossible III), Abrams est pieds et poings liés à l'autel du divertissement commercial, et envoie toutes les bonnes idées de ses auteurs au placard.

Il y avait deux pistes très intéressantes là-dedans : celle du film sur le cinéma, et celle du film sur l'enfance. La première donne, c'est vrai, quelques scènes pas mal, quelques allégories satisfaisantes. En gros, il est question d'un groupe d'ados qui réalisent un film d'horreur, jusqu'à ce qu'un jour la réalité rentre ans le champ de leur caméra sous la forme d'un gigantesque secret militaire autour d'un alien (la réalité, on a dit). Cette idée de venir polluer l'imagination des enfants par une réalité encore plus incroyable est sympathique, surtout que la métaphore est filée parfois avec bonheur : on ne peut croire ce qu'on a vu que quand on le revoit sur un écran, ou on utilise le réel pour "gonfler" la fiction (cette façon qu'ont les mômes de se servir du déploiement militaire dans leur ville pour fabriquer un arrière-plan crédible à leur film).

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La deuxième piste (celle de l'enfance) était encore plus belle, et là aussi, donne quelques belles séquences. En plus de la trame principale, il y a celle, plus intime, d'un ado qui doit faire le deuil de sa mère, résoudre ses problèmes avec son père et trouver l'amour. C'est à travers l'aventure bigger than life qu'il va traverser qu'il va trouver la force de résoudre ces soucis adolescents. La symbolique est même poussée à l'extrême, dans le très beau final, avec cette idée que le fameux alien, pour pouvoir repartir at home, a besoin de se charger de toutes les peines des enfants (le médaillon qui symbolise le deuil impossible étant la pièce maîtresse du vaisseau extraterrestre), les délestant ainsi de leur passé et les faisant passer dans l'âge adulte. Il y a de très belles scènes intimes entre le héros et sa promise, qu'il maquille en monstre pour mettre en valeur sa beauté (magie du cinéma), ou qu'il sauve "en dépit des adultes" (cette croyance, partagée par Spielberg, que les enfants sont plus forts que les grands).

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Mais ces belles thématiques ne sont malheureusement que frôlées par Abrams, qui préfère de toute façon nous assommer sous des tonnes d'effets spéciaux (particulièrement laids, et qui saccagent toute la séquence du déraillement du train, affreuse : tant qu'à rendre hommage aux 80's, autant le faire avec les outils des 80's et retrouver les effets spéciaux fashion de l'époque, plutôt que ces images de synthèse amateurs) et des décibels à outrance. Au milieu du chaos infernal et de la bouillie visuelle du film, les bonnes idées sont concassées et finissent par disparaître. A la place, on a un ennuyeux et long film d'aventure très moyen (toutes les scènes spectaculaires sont ratées, le monstre est nul, on n'a jamais peur), des dialogues à deux balles et des acteurs pas dirigés. On a souvent l'impression de s'être égaré dans un film jeune public, pas pour nous (ce qui est peut-être le cas, remarquez bien), et qui développe un imaginaire usé et ringard : les grottes où on enferme les prisonniers, l'éternel extraterrestre vengeur mais qui cache un petit cœur (la rencontre entre lui et le héros est hilarante, ça m'a rappelé Peter et Elliott le Dragon), les incontournables adultes incompréhensifs et bas du front se livrant à d'obscurs rites excluant les enfants, les parents démissionnaires, etc. Je vous le confirme : il y avait déjà tout ça dans E.T. en bien mieux filmé et senti (et Spielberg avait le mérite d'arriver le premier sur le terrain, qui plus est). Super 8 : c'est sa note sur 20. (Gols 04/09/11)


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L'ami Gols est parvenu à dire des choses joliment intelligentes (you are welcome) sur un film qui l'est en effet beaucoup moins. Cela faisait longtemps que je n'avais vu un blockbuster (ou un film en couleurs, ajouteront les mauvaises langues) mais je ne sais que trop bien pourquoi : à chaque fois que, par flemme - les poussives fins de semaines -, je m'en tente un, j'ai l'impression d'être pris pour un jardinier (navet / jardinier, j'explique ou ça va ?). Abrams nous a fait chier pendant six ans avec Lost et il remet le couvert en long métrage en tentant le revival eighties - heureusement cela dit qu'il y a un walkman au bout de 30 minutes de film, sinon je ne suis même po sûr que j'aurais fait la différence... Le film lui a, par exemple, bien trente ans de retard (si on fait abstraction de ces effets spéciaux "modernes" (avec plein de pixels tout pitit) à la truelle (je suis d'accord avec Gols, c'est moche comme tout ; je ne peux m'empêcher de noter au passage cette terrible tendance d'Abrams de faire dans la surenchère : pourquoi faire un train de 345 wagons alors qu'il transporte juste une bête et un lot de rubik's cube ? Et puis cette obsession à vouloir jeter, à l'image de son monstre, des trucs en l'air, c'est po un peu couillon et inutile, franchement ?). Il devait aussi y avoir à la SNCF de grosses promos sur les rails en cercle, Abrams se faisant un gros délire lors des scènes "de groupe d'intérieur" : et vas-y, au moins trois reprises, que je te filme le truc en tournant autour à toute blinde - il doit fumer le même matos périmé que Lelouch, 'tention). Comme c'est chiant comme la pluie et qu'on devine le scénar trente minutes en avance - et je ne parle pas des personnages plus stéréotypés que dans Lost ce qui est une gageure : le flic et le Kurt Cobain qui a mal tourné (a bien fait de se suicider, si c'était pour finir comme ça) remportant la palme -, on s'intéresse aux trois mille petites incohérences crétines : les gamins qui pour sortir du bus renversé doivent se mettre à deux pour faire la courte échelle à l'un d'eux - au mieux, deux peuvent sortir, quand les quatre se retrouvent sur le toit, on voit bien qu'Abrams nous prend pour des jambons ; le flic qui reste une semaine la tête en bas dans la caverne et qui, à peine décroché, pète le feu (se fait bouffer juste après, ce qui rend cette belle "résistance physique" digne d'Houdini encore plus absurde) ; les chiens qui partent dans tous les sens (font même la carte du comté avec tous les petits points rouges où on les retrouvés - n'ont rien d'autre à foutre les flics) : on se dit qu'il y a tout de même enfin un mystère bien étrange là-dessous... ah ben ouais, nan, ils étaient juste effrayés les cons ; le prof de biolo, black, qui se prend 12 TGV dans la gueule et qui finit avec juste un bobo à l'arcade sourcilière ; le petit film tourné par les gamins qui est montré lors du générique final : ils ont tourné une séquence avec juste une caméra, et ce une seule fois, mais au montage il y a des champs-contre-champs (trop fort putain les gamins) - le seul truc un peu fendard (mouais), dans ce mini film, c'est l'usine chimique qui s'appelle Romero et l'inspecteur prénommé Hathaway (on est soulagé, Abrams a une sacrée culture cinématographique). Des ersatz d'idées, soulignées par mon compère, pour un film qui au final sonne tout de même affreusement creux - 8, c'est gentil.

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