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Mankiewicz est un véritable dandy cinématographique, toujours prêt à insuffler de l'art dans la vie. Si The Honey Pot peut apparaître dans un premier temps comme une petite merveille scénaristique qui fait, encore et toujours, la part belle à l'art de la manipulation et s'impose comme une éternelle variation sur le thème de l'arroseur arrosé, le personnage principal (Rex Harrison is Cecil Fox et s'éclate littéralement) incarne, lui, véritablement, ce dandysme : il ne cesse de chercher à vouloir mettre en scène sa propre vie et celle des autres ; en véritable perfectionniste, il prend à son service un acteur (Cliff Robertson) et, s'inspirant délibérément du Volpone de Ben Johnson (pas le coureur), tente de mettre en scène sa propre mort après avoir convoqué trois ex particulièrement vénales : il veut faire croire à celles-ci qu'au moment fatidique, l'une d'entre elle aura la chance d'hériter de sa fortune... Il n'y a bien sûr pas qu'une anguille sous roche mais tout un ban...

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Ce huis-clos dans ce palazzo vénitien est réglé comme du papier à musique, Mankiewicz prenant un soin extrême, comme il le fera ensuite dans Sleuth, à chaque micro-élément du décor et surtout à chaque partition des acteurs. C'est une œuvre où la parole est omniprésente comme pour mieux masquer le dessein de chacun. L'on sait que, chez Mankiewicz, il faut savoir se méfier des apparences et chacun des acteurs de ce drame semble se tenir sur ses gardes pour ne pas dévoiler entièrement son jeu. Si le propriétaire des lieux semble jouir intérieurement de son art de marionnettiste - quand il se retrouve seul, son euphorie à "monter" cette pièce et les gens contre eux peut même le pousser à extérioriser ce malin plaisir qu'il prend : il esquisse alors quelques pas de danse, voire fait carrément le mariole en glissant sur le parquet ou en sautant sur son lit - , son serviteur et l'infirmière au service de l'une des trois donzelles ne semblent pas en reste pour être capable d'analyser la situation avec une grande perspicacité et se permettre d'échafauder leur propre plan ; quant aux trois donzelles, on se demande quel jeu chacune d'elle peut bien dissimuler dans sa manche... Le spectateur a beau tenter de se faire sa petite idée, il se perd le plus souvent en conjectures foireuses, mettant de côté sa frustration en admirant ce spectacle, pour ne pas dire ce ballet, parfaitement huilé. Le cinéma de Mankiewicz est une parfaite mécanique, à l'image de ce jeu sur les multiples pendules, horloges, réveils qui viennent s'insérer dans le récit : cette mise en scène "grandiose" décidée par Rex Harrison autour de sa propre (et feinte) mort révèle en fait la volonté de savourer chaque seconde de cette vie, une vie considérée comme un spectacle grandeur nature... Du grand cinéma quoi... - le petit écran, au passage, cette "boîte à imbéciles", en prend pour son grade, une télé étant même à deux doigts de se prendre une balle...

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Si le scénar n'est pas toujours tendre envers les femmes - par trop profiteuses et opportunistes - et flirte (hum) parfois avec les remarques misogynes, le personnage de l'infirmière, par sa subtilité et sa franchise, tend à venir équilibrer la donne... La princesse, monstre de froideur tout du long, prouve également sur la toute fin qu'elle n'est pas la dernière à se jouer des faux-semblants et les hommes, au final, devant ravaler leur évident complexe de supériorité, sont loin d'apparaître comme les grands triomphateurs de cette "mascarade tragi-comique"... Le cinéaste explore à sa façon les mécanismes de l'âme humaine en en montrant magistralement aussi bien l'ingéniosité que le côté mesquin, tout l'art de se jouer des autres tout en évoquant le risque d'être pris à son propre jeu... En 1967, en pleine Nouvelle Vague française, il est clair que le cinéma du gars Mankiewicz dénote un chouille par son classicisme formel et ce petit côté théâtralisé. Il n'en est pas moins, quelque quarante ans plus tard, aussi captivant et jubilatoire.

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Priez toute l’œuvre de Joseph,