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Ça fait des années qu’on dit que Woody Allen, c’était mieux avant ; il était temps que le gars riposte. Et au lieu de riposter par un film moderne et novateur, il riposte avec la plus simple des armes : faire le même film que d’habitude, mais poussé jusque dans ses retranchements, faire une sorte de « Woody ++ », utiliser tous les clichés non seulement de son décor (Parisse, Grosse Parisse) mais de son propre cinéma. On reconnaît très exactement chaque plan de Midnight in Paris, on sait exactement quel va être le prochain déplacement de l’acteur, comment Woody va le faire entrer dans le champ (ces plans qu’on ne croyait pas si repérés où un personnage parle à un autre hors-champ, avant que celui-ci rentre dans la cadre en même temps qu’il parle, ce plan final qui commence une conversation avant que les acteurs tournent le dos à la caméra et s’éloignent, leur voix s’estompant doucement) à quel moment il va appuyer sur une réplique, à quel moment le plan-séquence va lui être bien utile pour doper une scène un poil convenue. Woody sort toute la panoplie du petit Allen illustré, convoquant aussi bien ses films les plus romantiques (l’ouverture cite directement celle de Manhattan, le rapport des deux personnages principaux Annie Hall ou Anything Else, les décors Everyone says I love you) que ses tentatives fantaisistes (c’est le grand retour de sa veine Alice/Purple Rose of Cairo/Scoop). En creusant ainsi ce qui fait son identité (glamour+magie), il rappelle avec une certaine élégance son immuabilité, clame haut et fort qu’il n’a pas changé, et qu’il faudrait peut-être envisager le dernier tiers de sa filmographie comme un âge d’or qui vaut bien les deux premiers. C’est d’ailleurs le grand sujet du film, la recherche d’un âge d’or artistique ; il y est dit, en substance, que chaque génération considère la précédente comme une apogée, et regarde son présent comme une régression, ce qui n’est pas faux. A travers cette petite situation de comédie (un gars se retrouve plongé, chaque soir, dans le Paris des années 20, et rencontre les grands artistes de l’époque, Buñuel, Hemingway, Fitzgerald, Dali, Ray, etc), c’est une petite pointe de colère qu’on sent venir chez Woody, qui dit tout simplement : aimez-moi aujourd’hui autant qu’hier, soyez de votre temps.

 

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Dommage que ce discours attachant soit enseveli sous un savoir-faire un peu mollasson, et que Woody rate en technique ce qu’il réussit dans ses intentions. On peut apprécier ce Paris idéalisé, ces acteurs glamour et cette musique éternelle, mais l’imagerie lasse assez vite. La faute à une photo franchement immonde pour cette fois, qui multiplie à outrance les ors et les jaunes des décors, fabrique un univers à la limite du virtuel, vomitif et pubesque ; la faute à une nostalgie un peu rance concernant ce Paris d’antan, où tout le monde est beau et intelligent et où on croise les génies au coin des rues comme de rien ; et à cause aussi d’une écriture assez bâclée, qui ne cherche pas vraiment à être drôle (on entrevoit franchement 200 endroits où Woody pourrait placer une vanne, et il les évite tous) mais préfère cultiver une (trop) modeste posture d’artisan. Les acteurs sont pas mal, et Woody apparaît comme un des seuls Américains à savoir diriger des comédiens français ; le charme opère, et on sourit gentiment devant cette déclaration d’amour à la ville, aux artistes, au cinéma et à la musique. Mais quelque chose manque, une vraie magie, une émotion qui vous cueillerait, là, comme ça, une motivation, tout simplement. On en vient à préférer la partie "contemporaine" du film, qui au moins ne cherche pas cet état d'esprit un peu rance, mais assume un cynisme sain (cette comédienne, Rachel McAdams est bien jolie). Midnight in Paris vient s’ajouter à la filmographie allenienne, sans démériter mais sans rien ajouter non plus. C’est un plaisir intellectuel, un amusement indéniable (tous ces acteurs connus qui jouent des figures de Paris, de Di Fonzo Bo en Picasso à Brody en Dali), mais ça manque de l’évidence passée. Woody Allen, c’était mieux avant. (Gols 18/05/11)

 

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J'aimerais pas faire mon rabat-joie mais franchement ce dernier Woody reste au niveau des pavés... mouillés. Bien gentilles, toutes ces mignonnes intentions, comme le rappelle brillamment mon collègue Gols dans son premier paragraphe, le seul problème c'est que le film demeure aussi plat que cette introduction en forme de cartes postales "photographiées" par le dégoulinant Darius Khondji - rah ces lumières jaunasses... Pourtant Dieu sait qu'on l'aime, notre Woody, et qu'on se fait une petite joie à chacun de ses films mais là, il faut bien avouer que cela ne fonctionne jamais ; dès le premier décrochage temporel et cette rencontre avec Fitzgerald puis Hemingway, on a l'impression d'un type qui nous parle de ces grandes figures après s'être tapé un résumé sur Wikipédia... Woody n'est certes point du genre pédant comme le personnage imbuvable de Paul (Martin Sheen - pour offusquer Carla Bruni faut quand même en avoir une sacré couche...) mais son Paris des années 20 pour les Nuls est tout de même bien difficile à avaler... Si la petite idée de filer un sujet de film (L'Ange exterminateur) à l'extra-terrestre et atemporel Bunuel est coquinette en diable, pour le reste on grince plus d'une fois des dents devant ces poussives caricatures (Zelda la folle, Dali et ses rhinocéros, Hemingway le couillu, ad lib...).

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La construction du récit et les dialogues sont tellement attendus qu'on a parfois la douloureuse impression que Woody a demandé à sa femme d'écrire le scénar. Ce n'est pas chaque construction de plan que l'on devine à l'avance, c'est tout le film... Au niveau de l'interprétation, on se croirait presque dans un Claude Berri tant tout le monde semble en free lance ; je crois que la seule que je sauverais du lot, c'est encore Marion Cotillard, ce qui en dit long sur le cabotinage du reste de la distribution. Woody a su nous prouver qu'il en avait encore sous la pédale dernièrement (Match Point, le seul film à (re)garder de ces dix dernières années ? Parfois je me demande) sans qu'il soit besoin d'évoquer un quelconque âge d'or du gars - Allen l'éternel bon artisan du cinoche avec un film par an, qu'il vente ou qu'il neige avec des hauts et des bas... Mais là, il serait peut-être temps qu'il pense à ralentir le rythme plutôt que nous livrer cette dernière série de chromo européenne qui, signée par n'importe quel autre troubadour américain, se prendrait une volée de bois vert. On ne va pas faire non plus son gros boudeur en disant qu'on s'est totalement morfondu pendant 90 minutes - on l'aime, la patte Allen, même quand elle est minime - mais on ne va pas non plus se monter complaisant devant cette histoire bien paresseuse - les douze coups de minuit, diable quelle idée po banale !... Allons, qui aime bien, châtie bien... C'est quand le prochain ?

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