La vengeance est un plat qui se mange froid : rien de tel dans ces cas-là que de faire appel à un tartare. Kriemhild n'a qu'une idée en tête, venger la mort de Siegfried en tuant Hagen Tronje, et n'hésite pas pour se faire à se marier avec Attila, à s'allier avec les Huns pour massacrer les autres : les siens.

nibelungen_die_2L'ami Bibice soulignait le sens de la mise en scène de Lang, et faut avouer qu'il est un maître incontesté, aussi bien dans les scènes qui partent dans tous les sens - la cour des Huns devant Attila sur son trône, les déferlements à chevaux des Huns qui avalent les collines, les combats foisonnant d'action - que dans les mises en scène ultra-théâtrales où chaque geste est senti, est pesé avec des acteurs qui irradient - en particulier Kriemhild dont le regard hypnotise (sublime scène où elle se place telle une statue de Commandeur en avant des troupes) et Attila, monstrueux avec sa tronche toute pelée, désespéré avec son enfant mort sur les bras. Si les 5 premiers "Canto" sont relativement calmes, les deux derniers donnent lieu à un pugilat, à un véritable massacre. Poussées par l'or que leur promet Kriemhild, les troupes d'Attila attaquent en traître les Nibelungen, invités pour célébrer la naissance du fils de Kriemhild et d'Attila. Ils se ruent véritablement à l'attaque, comme des sauvages mais sont violemment et rapidement repoussés par les Nibel et tombent les Huns après les Huns (promis, j'arrête). Second assaut en force et nouvelle déconfiture. Il faudra incendier le propre palais d'Attila pour anéantir ces farouches Nibel... Attila, au côté de Kriemhild, assiste de ses propres yeux à la chute de sa place renforcée, mais jubile de voir sa femme enfin heureuse ; il lance cette remarque démoniaque: "En amour nous étions deux, nous voilà enfin unis dans la haine"... Mais le bougre fait une boulette car la Kriemhild rétorque qu'elle n'a jamais été autant amoureuse, et l'autre Hun comprend alors qu'il ne pourra jamais se targuer de remplacer Siegfried dans son coeur, qu'elle s'est servie de lui de A à Z. Hagen Tronje ressort héroïque des flammes, plus invincible que jamais, protégeant de son bouclier son roi. Kriemhild lui demande où il a caché le trésor de Nibelungen (il a tout jeté à la flotte, le bougre, au début du film, sentant le vent tourner), mais l'autre dit qu'il ne cèdera jamais tant que son roi sera vivant - aurait mieux fait de se taire car on décapite immédiatement le roi ; mais il n'est jamais à court d'argument et déclare que seuls lui et Dieu savent dorénavant où le trésor se cache. On le lamine, Kriemhild en meurt de plaisir et Dieu ne lâche aucune info. La fondue chinoise était prête, je suis passé à table dans la foulée, baba. Epique, c'est tout, et diablement réalisé.   (Shang - 20/11/07)


Les_Nibelungen_2Bah oui, sur le même nuage que mon camarade au bout de ces 5 heures de Nibelungen échevelées. Il est vrai que cette deuxième partie manque peut-être un peu des grands moments de bravoure de la première (ça manque de dragons, de nains, et de compétitions de javelot, genre), en tout cas au début ; mais quand Lang lâche les chevaux, diable, ça envoie du paté. Cette bataille filmée dans la longueur, où on s'envoie des coups de glaive dans la face avec une brutalité impressionnante, vaut tout le petit endormissement qu'on a subi dans les cantos précédents : Lang excelle à diriger les foules, les grands mouvements d'ensemble ; mais il est aussi parfaits quand il s'agit, au milieu de ce gigantesque bordel, d'isoler un ou deux personnages, de toujours laisser la place au drame intime au milieu de l'épopée. C'est le visage diabolique de Kriemhild qui se dégage surtout de l'ensemble, car finalement c'est là toute la beauté du sujet : un drame intime (l'amour et la vengeance d'une femme perdue) déclenche une saga énorme, le choc des armées et l'anéantissment de tout un peuple. La mise en scène rend tout son poids à ce joli paradoxe, en mélant le spectaculaire et la sobriété, les gros plans et les gestes lentissimes (expressivité magnifique des acteurs, précision des gestes qui deviennent presque abstraits à force d'être découpés), la furie et l'immobilité.

52441606Le film est brutal, nettement moins drôle que le premier volet (qui l'était involontairement peut-être, mais qui était en tout cas plus léger, plus porté sur les aventures que sur la tragédie), sans espoir. Si on peut encore ricaner devant les yeux roulants de Kriemhild ou les figurants qu'on fait sauter des arbres (il y a 30 entorses en direct, au moins, regardez ceux qui hésitent à sauter, c'est terriblement cruel), on ressort du bazar assez terrassé par la puissance morbide de l'ensemble : tout meurt, femmes, enfants, vieillards, animaux, frères, soeurs et parents proches, dans des décors de plus en plus secs et glauques. Déprimant, oui, mais aussi dopé aux amphètes. Un grand chef-d'oeuvre, j'espère qu'on est tous d'accord là-dessus.   (Gols - 13/10/11)