The-Two-Mrs-Carrolls_DVD_R0_Warner_04754

Humphrey Bogart - que l'on n'avait pas croisé depuis longtemps - et Barbara Stanwyck - que l'on croise un jour sur deux ces derniers temps - se retrouvent dans ce thriller signé Peter Godfrey (un Anglais, ciel, exilé aux States) qui lorgne méchamment du côté de Suspicion de my man Alfred : lui, est peintre et à ses heures un beau fumier ; elle, fut d'abord son modèle avant de devenir sa seconde femme ; entre eux, un simple petit verre de lait plutôt destructeur... (j'ai l'impression que comme dans le Hitch, Godfrey a mis un mini néon dans la mixture tant le liquide est "lumineux" - du lait de vache nucléaire, sinon).  Je parle de Suspicion sauf que, malheureusement cette fois-ci, de doute, il n'y en a jamais : Bogart est un véritable empoisonneur, pour ne pas dire un salopiot de criminel, et il n'en est pas à son coup d'essai vu que sa première femme a déjà mal tourné grâce au petit verre de lait quotidien qu'il lui apportait gentiment... La carne, tu m'étonnes. Mais attention faut le comprendre, Bogie, c'est un artiste : quand il rencontre une femme, elle l'inspire tu vois... Le problème c'est qu'à chaque fois qu'il en rencontre une nouvelle, il faut réussir à se débarrasser de la précédente - on est tous passés par là... ça va, il est tôt, je déconne... me suis surtout fait jeter en plus, alors pas de quoi hurler, hein... En plus, notre peintre a dû un peu trop lire Le Portrait de Dorian Gray dans son enfance (il en a sûrement une vague réminiscence), parce qu'il ne peut s'empêcher de faire des peintures mortifères de la femme qu'il aimerait bien faire crever à petit feu... Je disais "beau fumier", vous comprenez mieux maintenant.

The-Two-Mrs-Carrolls_DVD_R0_Warner_04116

Barbara Stanwyck va donc commencer à avoir de sales maux de tête lorsque Bogart fait la connaissance de la plantureuse Alexis Smith - bien aimé la petite coiffure diabolique de cette harpie... Il faudra une indiscrétion de la gamine de Bogie - issue de son premier mariage, une gamine supra intelligente et d'une politesse exacerbée qui n'est pas pour autant une tête à claques : elle marque des points dans son genre - pour que la Barbara commence à se dire qu'un ptit cognac avant d'aller au lit, ce serait peut-être pas plus mal... On est presque essentiellement dans le huis-clos - il s'agit de l'adaptation d'une pièce - avec, en bonus, une musique tonitruante de Waxman qui lâche les violons, grave ; même si Godfrey s'amuse à soigner quelques petites transitions entre les séquences - la clochette puis la gosse cloche, ohohoh -, on est quand même loin d'arriver à la cheville du maître Hitch... Bogie qui joue à l'artiste ayant de drôles de ratés - chaque fois qu'il se touche le front, on peut s'attendre à un méchant dérapage - frôle le grand-guignol dans le dernier quart-d'heure alors qu'il se sent fait comme un rat (regards qui trahissent l'horreur d'avoir été gaulé et petit sourire coincé d'usage - sa spécialité) ; il fait, en particulier, sur la toute fin, une apparition surprise à la fenêtre de sa seconde femme pas piquée des hannetons: alors même que le spectateur est censé sursauter et trembler comme un malade (rah, le sauvage, il ne va pas l'assassiner, arrête-le !), je n'ai pu m'empêcher (mais c'est peut-être moi qui suis po bien) de penser à ce sketch à la con avec la chauve-souris qui s'invite chez toi après s'être tapé toutes les marches de l'immeuble. Bogart is the batman - mouais... On frôle la rigolade, c'est sûr... Bref, le scénar n'est pas inintéressant en soi, c'est juste que la thématique de la relation entre l'artiste "inspiré et fou", l'amour et la mort est juste à peine effleurée et que l'ensemble a, malgré tout, un méchant petit air de déjà vu. Demain, en tout cas, j'arrête le lait...

The-Two-Mrs-Carrolls_DVD_R0_Warner_11402