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Quel bien beau film que cette œuvre de Mizoguchi qui nous livre une nouvelle fois de magnifiques portraits de femmes, des femmes qui vont graviter autour de ce fameux Utamaro, peintre de son état, mais qui vont aussi avoir des relations avec d'autres hommes et parfois se livraient un combat pour les conquérir. Vous allez peut-être croire à force que je fais une petite fixette mais impossible de regarder ce film sans penser à Jules et Jim ou plus précisément à la relation des personnages d'origine - Henri-Pierre Roché et Franz Hessel - avec les femmes et l'art. Utamaro est certes un grand amoureux des femmes mais ce qu'il aime par dessus tout, c'est s'inspirer des ces corps, de ces courbes, des ces lignes qu'il se fait un bonheur de fixer sur le papier - des femmes comme sources d'inspiration, un ptit côté très Hessel. Son comparse, Seinosuke, qui a quitté sa propre école de dessin pour devenir en quelques sortes le disciple de ce grand maître, a beau prétendre vouloir dessiner ces merveilleux modèles féminins, il finit toujours par coucher avec - de la sexualité comme principale raison de vivre, un ptit côté très Roché... Un petit parallèle intéressant - enfin peut-être surtout pour moi, après... - pour tenter d'évoquer les deux grandes figures masculines du film (le troisième homme, Shozaburo, grand séducteur qui rend fou les courtisanes est tellement efféminée qu'il en est franchement drôle - lui, un homme qui aime les femmes ? Il me laisse diablement sceptique, le bougre... C'est d'ailleurs plus elles qui vont se battre pour lui que l'inverse : mou comme une chique, le gars) mais même si ces deux hommes sont à l'origine de la trame, les personnages féminins occupent finalement les tout premiers rangs de l'histoire  - on va po refaire l'ami Mizoguchi...

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On retrouve l'éternelle actrice mizoguchienne Kinuyo Tanaka dans le rôle de la courtisane Okita qui va avoir une histoire avec Utamaro et Seinosuke mais dont le grand amour n'est autre que ce bout de bois de Shozaburo - ah les goûts et les couleurs. Malheureusement pour elle, une autre courtisane a mis la main sur cet homme, Takasode (dont Utamaro a dessiné sur le dos le modèle de son magnifique tatouage), et s'est fait la malle avec lui. Okita n'aura de cesse de chercher à savoir où il se trouve, parviendra littéralement à le kidnapper (quand une femme a une idée en tête, chez Mizoguchi...) avant de le perdre à nouveau. Faut pas trop se mettre dans les pattes d'Okita qui décidera de prendre le taureau par les cornes et surtout un couteau - magnifique plan en ombre chinoise au passage, si je peux me permettre... Ça sent la tragédie et Kinuyo Tanaka de bénéficier, sauf erreur, d'un des seuls gros plans du films - un lent travelling qui la suit "dans son désespoir" et se rapproche de son visage où perlent les premières larmes... grand moment d'émotion, clair...

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Une autre femme sera au centre de l'attention de nos deux hommes, la belle Oran (qui redonnera l'inspiration à Utamaro avant que Seinosuke l'embarque). On assiste là encore à une merveilleuse séquence dévouée à la grâce féminine : Oran fait parti d'un harem de jeunes femmes qui se dévêtissent (ne rêvez point, elle reste en - légers - sous-vêtements) sous les yeux de leur seigneur (j'ai enfin trouvé le métier que je voudrais faire plus tard...) avant de... pêcher pour lui - sublime ballet de naïades qui attrapent, en bord de mer, des poissons à mains nues... Utamaro parviendra à convaincre la jeune femme de poser pour lui, une scène là encore de toute beauté lors de laquelle le peintre a besoin de "palper" - c'est sobre - son modèle et de la positionner au millimètre avant de la dessiner. Les deux dernières femmes sont plus discrètes : il y a la chtite Yokie, amoureuse transie d'un Seinosuke qui préfère folâtrer ailleurs - la séquence où elle pleure sous un saule pleureur (ça ne s'invente po) juste après s'être rendue compte qu'il est partie avec Oran est touchante en diable - et la courtisane au physique de "lutteuse" qui finira par mettre le grappin sur l'assistant d'Utamaro... Toutes des femmes aux personnalités diverses dont l'ami Utamaro aime à être entouré et à dessiner le cas échéant...

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L'autre - mais il y en a sûrement trois mille - magnifique idée du film est celle qui voit notre artiste se retrouver menotter pendant cinquante jours pour avoir fait un dessin du shogun qui a déplu à ce dernier. Utamaro accepte la sentence mais on le voit rapidement bouillir dès lors qu'une femme, par son attitude, l'inspire ; il faut le voir trépigner d'impatience après son ultime rencontre avec la criminelle Okita puis se jeter, sur la toute fin, sur ces pinceaux alors que ses mains viennent tout juste d'être libérées - préférer peindre plutôt que de se péter la tête au saké avec ses potes, c'est à ça qu'on reconnaît le grand artiste nippon..., non ? Il se lance "à corps perdu" dans ses dessins ce qui constitue une parfaite conclusion en l'honneur de la foi de cet artiste en son art et bien sûr de ces femmes, quelles qu'elles soient, éternelles source d'inspiration. Un Mizoguchi somptueux (donc un chef-d’œuvre mondial, ouais Simsolo) qui n'a absolument point à pâlir par rapport à ses ultimes œuvres en couleurs. Vrai coup de cœur, quitte à retomber dans un lyrisme plat.

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