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John Garfield avait fait un mauvais rêve et nom de Dieu, ce coup il ne le sentait vraiment pas. La petite histoire ne dit pas en revanche s'il sentait bien ou non ce film, quoiqu'il en soit ce sera son dernier. C'est ça la fatalité... C'est pourtant le genre de ptit coup à l'arrache qui n'a pas l'air piégeux. Un boss se pointe dans son usine avec un paquet de biffetons, il suffit de l'assommer et de lui piquer sa mallette : à deux, cela paraît quand même relativement jouable. Seulement voilà, il y a toujours un couillon de flic qui se pointe quand on l'attendait pas : la panique s'empare de nos deux hommes et l'un est abattu dans la fuite. John Garfield, pour tenter de garder la tête froide (aucun jeu de mots dans ces pages n'est une simple coïncidence), essaie de se fondre dans la foule et va à la piscine... D'autres iraient au cinoche, lui c'est plutôt le genre braqueur sportif, chacun son truc. Il va y faire la connaissance d'une jeune fille po vraiment farouche sur l'action, la chtite Shelley Winters ; drôle d'endroit et de circonstances pour une rencontre et une séquence d'une vraie sensualité avec la Shelley apprenant à nager, qui ne peut s'empêcher de se prendre au cou de ce quidam au moindre faux mouvement. Lui, il se dit qu'elle peut se révéler une bonne couverture pour la soirée - prenez le mot au sens que vous voulez - et décide de la raccompagner chez elle... Il y fera la connaissance de sa petite famille - le pater, la mater, un bambino - et finira par les prendre en otage à la suite d'un quiproquo plutôt bêta - et pis encore et toujours la panique...

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L'idée plutôt maline du scénar, c'est que le John, bras cassé vivant encore chez sa mère qui n'hésite point à lui filer une baffe à l'occase, trouve en la circonstance une sorte de cocon familial qui lui a toujours fait défaut. Il pense avoir gagné non seulement l'affection de la chtite Shelley - moins stupide cela dit qu'elle en a l'air - mais semble surtout prendre un réel plaisir en cette nouvelle compagnie : il faut le voir lors de la scène de la dinde tirer stupidement un coup de feu pour forcer ces braves gens à partager ce repas - qu'il a réglé - avec lui... Les autres sont forcément un peu ahuris devant sa véritable réaction de "chien fou", voyant bien que le John perd un peu les pédales (mais il va po nous laisser tranquille ce con, nous, on a non seulement notre fierté mais surtout on n'a rien demandé, fusil...). Shelley ne va pas tarder à se révéler le "point de tension" de l'histoire, entre un John persuadé qu'elle a le béguin pour lui et le pater prêt à sortir de ses gonds et à tenter le tout pour le tout pour ne pas voir sa fille se faire la malle avec ce type complètement starbé... Quel petit jeu joue-t-elle vraiment - entre sa volonté de protéger les siens, de profiter de son ascendance sur le John et son "attirance" pour ce dernier qui reste relativement floue -, c'est ce que la dernière scène va s'amuser à résoudre. "Le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau..." - c'est quoi le rapport ? Ça va, je me comprends...

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Les différents personnages, tous issus de la classe popu, donnent une indéniable homogénéité à l'ensemble entre un John au chômage qui tente "désespérément" le coup de sa vie - sans vraiment le sentir - et la famille laborieuse de Shelley dont la force réside avant tout dans les relations humaines et affectives - faut voir le gamin balancer lui-même des coups de poings inutiles à cet intrus et tenter de jouer au héros (si le John, au début, peut incarner d'une certaine façon, un des héros de films qu'il mate au cinoche avec ses parents, le gamin revient vite les pieds sur terre en prenant conscience de la nocivité du gars). Bien mené, un bon ptit film noir de John Berry sur une musique enlevée de Franz Waxman qui mérite franchement le détour.   (Shang - 18/09/11)

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Mouais, pas très convaincu pour ma part. Les décisions de ce brave John sont tellement absurdes, son comportement tellement improbable, qu'on ne croit très vite plus du tout à ses aventures. Je veux bien qu'on soit nerveux et qu'on agisse souvent contre tout bon sens dès lors qu'on est un braqueur en fuite, mais tout de même, à ce point-là... John aurait dû se faire arrêter 17 fois dans les 10 premières minutes du film tant il sue à grosse gouttes, menace le moindre passant et sur-réagit hystériquement à tout ce qui se met sur son chemin. Alors quand la gironde et naïve Shelley tombe raide dingue de lui alors qu'il la malmène, prend en otage sa famille et la traite comme une souillon, on arrête d'essayer d'y croire, le syndrome de Stockholm a ses limites. Ce manque de crédibilité dans les personnages, augmenté par le sur-jeu des deux protagonistes principaux, handicape beaucoup le film qui, sinon, est assez beau. Les atmosphères très noires sont travaillées avec soin, les cadres sont inventifs et spectaculaires, la mise en scène très classique est aux petits oignons, et on gagne formellement ce qu'on perd scénaristiquement. Berry coche soigneusement chaque case du "petit film noir de samedi soir" et réussit un beau film d'ambiance, au noir et blanc et à la musique très jolis (j'ai cru au générique du début que la BO était de Bernard Herrmann, formidable orchestration et montée du suspense par la simple force de la mélodie ; mais c'est Waxman, pas le dernier des manches non plus). Dommage que les personnages n'aient pas été un peu plus travaillés, que leur psychologie reste au niveau du bitume, et qu'ils soient en plus interprétés par des acteurs pas très inspirés : Garfield en roue libre cabotine, et Winters en oie blanche curieusement moche est filmée sans intérêt de la part de Berry, qui la laisse à ses tergiversations féminines pas du tout naturelles. A voir à la rigueur, je dirais, en tant que film de genre uniquement.   (Gols - 19/11/20)

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