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Cette adaptation d'un roman de Yukio Mishima avec la divine Ruriko Asaoka dans le rôle principal - Etsuko - constitue une petite merveille sixties nippone comme on les aime. Une sensualité à fleur de peau, une passion sanguine et incontrôlable, une caméra qui semble glisser sur les corps ou qui capte à merveille un détail de la chair, des plongées étourdissantes scrutant ce petit monde qui s'agite, des travellings chaloupés enivrants... Bien difficile de faire la fine bouche devant cette œuvre maîtrisée de bout en bout. Etsuko vit sur le domaine de son beau-père après la mort de son mari ; celui-ci en a fait son amante. Notre vieil homme tient d'ailleurs d'une main de fer ses terres, conspuant son fils qui se laisse vivre avec sa femme - le fiston, qui n'a pas la langue dans sa poche, donne une poignée de cours à l'université - ainsi que sa fille divorcée vivant avec ses deux gamins. On retrouve également autour de la table familiale une servante et un très jeune jardinier (Tetsuo Ishidate), un genre de sauvageon pour lequel craque, littéralement... la belle Etsuko. La trame se développe autour de ces attractions multiples (le père aime à caresser sa belle fille, le fils est loin d'être insensible au charme de la jeune veuve, le jardinier se contente de la regarder... quand elle a le dos tourné) et la tension de monter d'un cran lorsque le jardinier se tape la bonne et la met enceinte. La jalousie de la chtite Etsuko est exacerbée et après s'être débarrassée de la servante, elle va vouloir "régler ses comptes" avec notre gentillet jardinier... Une passion à la vie à la mort, bien entendu : on est au Japon tout de même.

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Dès la première séquence, on peut sentir l'odeur de l'hémoglobine avec notre amie Etsuko qui rase son beau-père... Une poulaille qui s'agite et on verrait bien la lame de la belle glisser malencontreusement sur le cou du vieux... Il s'en tire à bon frais avec une simple estafilade, mais on sent que la chtite à en elle certaines pulsions qu'elle a bien du mal à refréner. Alors qu'elle mate une statue dénudée (à quoi peut-elle bien penser, la coquinette...), elle surprend dans son dos le regard concupiscent de ce bien jeune jardinier. Lorsqu'elle se rend ensuite dans la grange et observe celui-ce égorger des poulets (le sang et le sexe irrémédiablement liés), elle s'évanouit (...) et on sent bien que si le jardinier profitait totalement de la situation, les fantasmes de notre héroïne seraient comblés... Une autre scène cruciale aura lieu lors de ce festival populaire dans les rues du village, une fête durant laquelle, profitant d'un mouvement de foule, Etsuko plantera ses ongles dans le dos dénudé du jeune homme. Il ne sera point facile pour notre homme d'échapper à la passion tumultueuse d'Etsuko, c'est ce qu'on se dit en ne pouvant s'empêcher d'avoir un petit frisson dans le dos - attends, t'as po vu la taille de ses ongles... Lorsque le jardinier fautera - sans pour autant avoir de réels sentiments pour la servante - Etsuko se sentira comme blessée dans sa chair (la séquence de la brûlure : elle y perdra presque une main...) et fera tout pour se débarrasser dans cette intruse... Ouais, à la fin, je vous prends pas en traître, ça va saigner.

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Une passion amoureuse qui n'a peut-être rien d’extraordinaire en soi (quoique...) mais filmée indéniablement par Kurahara d'une main de maître : on se régale de ses plans aériens sur le domaine ou de ses plongées sur la tablée enchaînées avec un somptueux mouvement de caméra pour revenir soudainement à hauteur d'homme et glaner un regard. Les travellings semblent épouser les mouvements des personnages principaux - notamment Etsuko lorsqu'elle se retrouve à courir sur le domaine - et les zooms sont toujours utilisés à bon escient pour venir capter l'expression d'un visage dans le feu de l'émotion. On est tout autant bluffé par les innovations narratives - la discussion sur la route entre Etsuko et le jardinier avec le texte qui s'inscrit sur l'écran (une chtite touche "d'intimité" magnifiquement mise en valeur) - ou par les soudaines envolées du récit - la cinquième symphonie qui se met à péter lors d'un repas de famille avec le fils qui règle son compte à quasiment tout le monde. Bref, un cinéaste en pleine possession de son art qui donne un sublime écrin formel à cette passion impossible ; ce serait bêta après cela de faire l'impasse sur cette œuvre du gazier Kurahara, avouez...

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