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Voilà un film dont je n'avais absolument jamais entendu parler (on n'est pas des machines, putain) et qui m'a cueilli du début à la fin. S'il nous arrive parfois, sur ce blog, d'être un peu cassant (adressez toutes vos insultes à Gols, moi je suis un gars trop sensible), nous pouvons également de temps en temps nous emballer comme des midinettes à la sortie d'un concert de... (je suis plus en phase avec l'actualité, désolé). Disons tout de go que Seconds du gars Frankenheimer (cinéaste qui débarque finalement sur le blog...) constitue à n'en point douter le "film du mois" même si c'est bien la première fois que nous utilisons ce genre de classification réductrice - "film de la semaine" pour les plus sceptiques, ou encore "film du jour" pour faire plus simple vu qu'aujourd'hui de toute façon je risque de ne pas en voir d'autres. Seconds pourrait se situer à la croisée des chemins entre une oeuvre de Kafka, Brazil de Gilliam et Le Meilleur des Mondes d'Huxley : pour la faire courte, un type dans des circonstances pour le moins étranges pour ne pas dire douteuses, se voit proposer une opération chirurgicale pour recommencer sa vie à zéro ; on va le faire passer pour mort, il va avoir une nouvelle identité, un nouveau job (celui qu'il désire) et une nouvelle tronche (avoir celle de Rock Hudson à la place de celle de John Randoph, c'est quand même un mieux...). Tu as donc l'opportunité de tout recommencer et même si on te force un peu la main, aussi bien au début du projet que durant celui-ci (les hommes de The Company sont là pour t'encadrer du mieux possible...), tu vas po non plus faire la fine bouche, hein !?... Rock, même s'il reconnaît que son ancienne existence avait rien de particulièrement jouasse en soi, tique quand même rapidement sa race et commence à jouer aux empêcheurs de tourner en rond... Il ne sait malheureusement point dans quel engrenage il met son petit doigt...

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Laissons planer un certain mystère sur la trame puisque l'un des grands plaisirs de ce film est de se faire totalement happer du début à la fin sans que l'on sache jamais vers quel sentier l'ami Frankenheimer va soudain bifurquer : ça commence comme dans un polar avec un homme - notre héros - poursuivi dans la foule (on pourrait également longuement disserter sur l'utilisation de cette caméra véritablement "attelée" à un personnage - comme dans certains jeux télévisés contemporains à la con -, un procédé qui en 1966 devait être tout de même assez novateur), on dérive sur le film psychologique avec notamment un immense plan-séquence durant lequel notre héros se fait convaincre du bien-fondé d'une telle expérience, on passe par l'étape du film fantastique avec cette opération franjesque où notre homme change de visage (bizarre relation d'ailleurs avec le dernier film que j'avais vu - L'Assassin sans Visage), puis on se retrouve plutôt dans l'ambiance de la gentille amourette avant que le film explose lors d'une bacchanale sixties hallucinante (le Rock si réservé jusque là explose littéralement en vol...)... Et c'est loin d'être fini... Bref, chaque séquence se fait un malin plaisir à venir secouer le spectateur sur un terrain différent, inattendu alors même que, parallèlement, le Rock, souvent aussi décontenancé que nous, commence à se poser deux trois questions ontologiques...

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Où sont passés les rêves de notre jeunesse (ah ben oui tiens, vérifier sous le pied du lit ce soir), qu'est-ce qui nous tient encore debout quand on a tendance à se faire autant bouffer par le quotidien, qu'est-ce que l'on ferait pour faire table rase du passé (ou non), quel prix est-on vraiment prêt à payer, certaines personnes sont-elles taillées pour le bonheur, et d'abord qu'est-ce que je vous ai demandé, allez, laissez-moi tranquille par pitié... Autant de ptites questions titillantes qui peuvent paraître comme ça, de loin, un peu clicheteuses mais que le film du gars Frankenheimer traite sans jamais donner l'impression d'enfoncer des portes ouvertes. Accroché aux basques du Rock, le spectateur se demande tout du long à quelle sauce celui-ci va finir par être mangé tout en ne pouvant s'empêcher de se demander, dans telle ou telle circonstance particulière, comment il aurait lui-même réagi - "mode acceptation" béate du nouveau destin qu'on lui a tracé ou "mode résistance" qui peut s'avérer dangereux... Au niveau du fond comme d'ailleurs au niveau de la forme (avec ces gros plans déformants et cette caméra "serpentueuse" aux allures de Big Brother qui ne lâche pas une seconde notre personnage principal), on reste assez sidéré par cet opus inconnu (seulement de moi ? Bon, j'avais moins 6 ans, certes, mais j'ai quand même po chômé depuis pour me pencher sur toutes ces œuvres qui ont eu le malheur de voir le jour avant moi...) et en tout cas diablement original du gars Frankenheimer qui explore le territoire psychologique avec la même fougue qu'un film d'action brut. Passionnant, si, si.

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