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Jack Cardiff, Jack Cardiff, attends j'ai un trou, c'est pas un joueur de l'équipe de rugby du Pays de Galles ? Tu connais po Jack Cardiff, tu connais pas celui qui a été le directeur de la photo de Rambo II ? Oui, bon, c'est pas une véritable référence en soi, mais attends pour le reste, c'est une pointure, j'allais dire un des plus grand and as far as the technicolor is concerned, c'est pas forcément faux.  Parce que le premier grand coup du Jack, c'est d'avoir été associé à Powell et Pressburger juste dans l'après-guerre avec à la clé trois films qui ont fait date aussi bien au niveau de la maîtrise photographique que des effets spéciaux bluffant à la colle et aux ciseaux (d'Une Question de Vie, une Question de Mort aux éternels Chaussons rouges (Cardiff expliquant notamment comment il accélère le mouvement quand le danseur saute et le ralentit dans sa chute, un travail d'orfèvre) en passant par l'incontournable Narcisse noir où les jeux sur les ombres et sur les fonds d'écran demeurent plus de soixante ans plus tard absolument sciants. Mais Cardiff ne s'est pas contenté d’œuvrer pour le petit couple anglo-saxon qui eut son heure de gloire, il participa également à un film du bouddha (Les Amants du Capricorne où il chiade quelques plans séquences d'anthologie), au somptueux Pandora - au moins au niveau esthétique - d'Albert Lewin ou encore à l'aventure extrême que fut celle d'African Queen (pour l'anecdote, qui vaut tout de même son pesant de pellicule, toute l'équipe fut malade à cause de l'absence d'un filtre à eau sur le robinet principal, l'équipe séjournant dans un immense bateau pendant le tournage... Toute l'équipe... sauf bien sûr Bogart et Huston... qui ne carburaient qu'au whisky - voilà mon secret de santé à Madagascar dévoilé au grand jour - as far as my liver is not concerned...). D'autres titres qui lui ont permis de croiser de nombreuses grandes stars de l'époque sont évoqués (Ava Gardner sur La Comtesse au Pied nus - si sublime que la photographier ne nécessitait guère d'imagination, Audrey Hepburn sur Guerre et Paix - tournage durant lequel Cardiff réalisa des peintures sur verre au travers duquel il filma certaines scènes qui gardent une aura absolument magique, Monroe sur The Prince and the Showgirls - et pis même des hommes comme Kirk Douglas qui réalisait ses propres cascades sur The Vikings (quelques images pour la peine assez impressionnantes)), stars qui connaissant son art n'hésitaient point à le réclamer auprès des réalisateurs ou des producteurs - il donne d'ailleurs au passage quelques infos sur la façon ultra précise dont ces grandes dames cinématographiques désiraient apparaître dans la lumière. Il réalisa ensuite une douzaine de films (Sons and Lovers semble à vue de nez le plus passionnant, à découvrir à l'occase) avant d'être un peu mis de côté - si ce n'est sa participation à deux ultimes chefs-d'oeuvre (Rambo II donc et Conan le Destructeur... ouais, je blague). C'est que ma bonne dame, ces dernières années, plus la peine de se prendre la tête pendant des heures pour avoir une lumière de la mort et un décor extraordinairement mis en valeur, on tourne comme on le sent et pis ensuite, au pire, on pourra toujours se servir d'effets numériques. Scorsese, un de ses plus grands fans, regrette forcément cette évolution (fuck, where's the magic aspect now ? Fuck, you're right man !) allant même jusqu'à s'embrouiller dans son débit de mitraillette et en fronçant consterné ses sourcils aussi épais qu'une famille de chenilles. Jack Cardiff, artiste complet qui jouait à ses heures avec les pinceaux (grande influence notamment des impressionnistes, de Van Gogh mais aussi de Turner) est mort en 2009, mais voilà un nom que l'on peut continuer de guetter dans de nombreux génériques tant le travail du gars fut impressionnant et novateur - un grand, disais-je.

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