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C'est pas mal de voir Poltergeist en parallèle avec Super 8 d'Abrams : ça permet de confirmer ce que je disais brillamment l'autre jour : le cinéma de divertissement américain des 80's a ses qualités, si vous aimez le pop-corn ; mais si vous aimez le ciné, mieux vaut se pencher sur une autre période. Ce film est assez impossible, non seulement parce qu'il a énormément vieilli (mais ça, ça n'est pas de sa faute), mais aussi parce qu'il est en plein dans la fausse bonne idée. Confier au maître du slasher trash Tobe Hooper les rennes de cette bluette tout public, ça pouvait laisser espérer un peu de gore dans le miel. C'est raté : Hooper lisse son style jusqu'à l'anonymat, et livre un objet qui ne trouve jamais son ton ni sa voie. Le style se veut parodique, tout en tentant quelques petites scènes de frousse, tout en flirtant avec un heroïc-fantasy moisi, tout en errant sur les chemin de la chronique sociale et familiale... et essaie tellement de pistes qu'il n'en choisit aucune franchement, tombant dans le fade total. On ne rit pas, on n'a pas peur, on n'apprend rien, on ne vibre jamais, tout est tellement formaté que le seul sentiment qui ressort de ce machin est l'ennui. Oui, parce que c'est très très long, alors que franchement, le sujet... C'est une maison qui est hantée par des esprits malins, qui rentrent par le biais de la télé (ah ? une idée, ça, non ? Un truc à la Cronenberg, une critique des médias ? Nan, ça sert à rien, c'est juste une des mille pistes possibles que Hooper ne veut pas voir) et viennent polluer la vie d'une famille moyenne. Ils kidnappent la cadette, tentent de supprimer le benjamin, et empêchent sévèrement les autres de dormir. On connaît la suite : médiums sciés, phénomènes paranormaux ++, et vas-y qu'il faut que je m'aventure de l'autre côté du réel pour récupérer mon enfant, et vas-y que oui mais non ça libère des morts, etc. En deux mots, je vous le confirme, on s'en fout. Le seul espoir qu'on ait, celui de voir la chose virer au grand-guignol pur, au délire à la Tex Avery, est déçu par la frilosité inquiétante de Hooper, dont on cherche en vain quelques traces de sa tronçonneuse dans ce "film d'horreur pour tous, petits et grands". Il y a plus d’irrévérence dans l'ongle de doigt de pied d'un Gremlin que dans les deux heures interminables de cet objet commercial.

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