08 septembre 2011

Poltergeist de Tobe Hooper - 1982

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C'est pas mal de voir Poltergeist en parallèle avec Super 8 d'Abrams : ça permet de confirmer ce que je disais brillamment l'autre jour : le cinéma de divertissement américain des 80's a ses qualités, si vous aimez le pop-corn ; mais si vous aimez le ciné, mieux vaut se pencher sur une autre période. Ce film est assez impossible, non seulement parce qu'il a énormément vieilli (mais ça, ça n'est pas de sa faute), mais aussi parce qu'il est en plein dans la fausse bonne idée. Confier au maître du slasher trash Tobe Hooper les rennes de cette bluette tout public, ça pouvait laisser espérer un peu de gore dans le miel. C'est raté : Hooper lisse son style jusqu'à l'anonymat, et livre un objet qui ne trouve jamais son ton ni sa voie. Le style se veut parodique, tout en tentant quelques petites scènes de frousse, tout en flirtant avec un heroïc-fantasy moisi, tout en errant sur les chemin de la chronique sociale et familiale... et essaie tellement de pistes qu'il n'en choisit aucune franchement, tombant dans le fade total. On ne rit pas, on n'a pas peur, on n'apprend rien, on ne vibre jamais, tout est tellement formaté que le seul sentiment qui ressort de ce machin est l'ennui. Oui, parce que c'est très très long, alors que franchement, le sujet... C'est une maison qui est hantée par des esprits malins, qui rentrent par le biais de la télé (ah ? une idée, ça, non ? Un truc à la Cronenberg, une critique des médias ? Nan, ça sert à rien, c'est juste une des mille pistes possibles que Hooper ne veut pas voir) et viennent polluer la vie d'une famille moyenne. Ils kidnappent la cadette, tentent de supprimer le benjamin, et empêchent sévèrement les autres de dormir. On connaît la suite : médiums sciés, phénomènes paranormaux ++, et vas-y qu'il faut que je m'aventure de l'autre côté du réel pour récupérer mon enfant, et vas-y que oui mais non ça libère des morts, etc. En deux mots, je vous le confirme, on s'en fout. Le seul espoir qu'on ait, celui de voir la chose virer au grand-guignol pur, au délire à la Tex Avery, est déçu par la frilosité inquiétante de Hooper, dont on cherche en vain quelques traces de sa tronçonneuse dans ce "film d'horreur pour tous, petits et grands". Il y a plus d’irrévérence dans l'ongle de doigt de pied d'un Gremlin que dans les deux heures interminables de cet objet commercial.

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Posté par Shangols à 22:07 - - Commentaires [5] - Permalien [#]



Commentaires sur Poltergeist de Tobe Hooper - 1982

    c'est plus un film de Spielberg...

    Posté par furoncle, 10 septembre 2011 à 02:56 | | Répondre
  • J'ai pas compris le concept du nlog,c'est de cracher sur les classiqe du cinéma avec une pretention ridicule?

    Posté par Duncan, 13 septembre 2011 à 00:43 | | Répondre
  • Alors, le concept...

    Rhhooo classique, Poltergeist ? Allons allons... Pour répondre à votre tonique et néanmoins légèrement négatif questionnement, Duncan, oui, en gros, le principe est celui que vous donnez, sauf sur deux points : 1/ on ne crache que sur les films qu'on n'aime pas, qu'ils soient classiques ou non ; et 2/ si prétention il y a, elle ne faisait pas partie du "concept" de base de notre blog, elle est involontaire (même si je veux bien admettre qu'elle est parfois présente, vu comme on se la pête grave la plupart du temps).

    Posté par Gols, 13 septembre 2011 à 10:59 | | Répondre
  • Premier parmi les premiers films de l'ère Reagan (Freeling senior, lit au lit une bio de l'acteur ayant gagné la Maison Blanche), Poltergeist, qui fustige in fine l'arrogance et l'inconséquence de l'entreprenariat sur quoi repose une part de l'histoire de l'empire américain et que symbolise plus durement encore ce nouveau président fraîchement élu, est en outre davantage la face d'une même pièce tenant Rencontres du 3ème Type plutôt qu'ET en son côté pile.

    Ainsi, si l'expérience surnaturelle fait exploser la cellule familiale de Rencontres, celle vécue par les Freeling dans Poltergeist les soude plus que jamais - quand bien même démasculinise-t-elle un peu le père (l'affaire étant proche de l'utérin, il se trouve réduit aux utilités « spectatrices »).

    Les Freeling sont d'ailleurs le prototype d'anciens hippies (premier enfant à 15 ans, marijuana persistante, ...) devenus les self made families des 80's, un pied quittant les expériences et les possibles, tandis que l'autre est déjà bien enfoncé dans le cynisme réaliste contemporain. A la charnière de deux mondes philosophiques, ils sont ainsi parfaits pour être à l'intersection des deux univers qui secouent leur maison.

    La maison est bien sûr au centre des enjeux, en rappel métaphorique (foyer=famille) mais aussi en gage de réussite à l'américaine (être propriétaire de sa maison) et, par dessus tout, en reflet des mutations urbanistiques qui ne cessent de transformer le pays.
    La banlieue pavillonnaire, la suburbia, déjà rencontrée dans les faubourgs d'Haddonfield (in Halloween), devient le théâtre de tout un pan du cinéma fantastique américain.
    Définitivement orienté vers les teenagers, il s'agit pour celui-ci de proposer un terrain familier à son public, où il évolue quotidiennement (lorsque ce n'est pas le collège, c'est donc la zone pavillonnaire, où s'ébattent les golden retrievers (les Freeling en ont un), roulent les vélos bi-cross, cliquent et interfèrent les remote-control (gag sympathique dans le prologue de Poltergeist) et ronronnent les tondeuses à gazon du dimanche.). Les plans du générique survolant ces zones d'habitations infinies, proprettes et interchangeables (le gag des télécommandes évoqué plus haut relève de cette uniformité consumériste) annonce le déplacement des lignes: foin de forêts hantées et de demeures gothiques, le fantastique, l'effroyable, le merveilleux se tient désormais chez soi, dans son propre environnement. Entre le téléviseur et le micro-ondes (figures spielbergiennes, de Poltergeist à Gremlins).

    Le contexte de la trame de Poltergeist est pour ainsi dire supérieur à son histoire en elle-même (encore que les extrapolations « délivrantes » du sauvetage de la fillette ou les charges contre l'inconséquence des promoteurs immobiliers aient une correcte pertinence) et d'aucuns pourront trouver le laïus parapsychologique un peu lapidaire et doucettement ridicule (le charisme particulier de l'actrice Zelda Rubinstein n'aidant pas à la prise au sérieux).

    Les points d'orgue du film ont certes vieilli (plus que ceux du Shining de Kubrick, quasi contemporain) et les coutures pourront apparaîtrent parfois (resucées de L'Exorciste, inutilité spectaculaire de certains caractères) mais la montée en tension et la mise en place demeurent de petits modèles du genre, à l'intelligence rare, alternant un humour bon enfant et une angoisse parmi les plus pures.

    Et si l'on devait n'en retenir qu'un unique bénéfice, la leçon sera celle-ci: ni Gols ni Shang n'acquerrez de maison sans demander au préalable si elle n'a pas été construite sur un cimetière indien !

    Posté par mariaque, 15 septembre 2011 à 21:33 | | Répondre
  • Mariaque, mes respects. Remarquable.

    Posté par Gols, 15 septembre 2011 à 21:53 | | Répondre
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