vlcsnap-2011-08-03-22h11m29s255On n'ira pas chercher dans le Grrrrand Cinémâââ ce soir, puisque ce petit film absolument sans façon est en fait une visite en petite caméra vidéo de l'expo de Godard à Beaubourg... expo qui n'eût jamais lieu comme on le sait. La caméra amatrice de Miéville "déambule" donc le long d'une maquette magnifique réalisée par notre JLG avec des crayons de couleur et de la colle Uhu. C'est ça d'abord qui est drôle là-dedans, la dichotomie entre l'ambition pharaonique de l'expo et ce minuscule travail d'EMT qui résume à elle seule toute la beauté du travail de Godard : entre amateurisme pur et maîtrise totale, entre travail d'artisan solitaire et messianisme, entre gros foutage de gueule et puissance.

Nous voilà donc immergés dans le carton des 9 salles de l'expo, dans un très long plan ultra simple : la règle de Godard qui montre les détails de l'installation, la caméra qui enregistre la chose à quelques centimètres, et la voix du sage qui décrit ce que ce sera (sans y croire : on sent très bien le découragement un peu indigné du garsvlcsnap-2011-08-03-22h08m02s235). Le projet est du Godard tout craché : sybillin, voire incompréhensible parfois, génial et bluffant à d'autres moments. Beaucoup aimé, bien sûr, toutes les occurences du cinéma dans cette expo, gestes ambigüs de Sharon Stone, image intime de Jean Vigo, présence discrète de Cocteau et de Hitchcock, et surtout tous ces jeux sur la technique pure, lumière et ombre, effets de persistance rétinienne, magie des trucages, installation de plans placés côté à côte pour faire sens, voire auto-citation (par le biais du sublime Je vous salue Sarajevo, par exemple). Moins fana, pour ma part, de ces approximations politiques ou historiques obscures, entre obsession religieuse (mais quel est vraiment le souci de Godard par rapport aux Juifs ?) et raccourcis faciles (John Wayne dans la salle consacrée aux "Salauds", Mickey à l'assaut de la "Mecque du Cinéma"). Le compère à l'air, cela dit, de savoir parfaitement de quoi il parle, et décrit tout ça avec un sens de l'évidence qui l'honore. Pourtant, plus la visite avance, plus on le sent flou par rapport à la forme ou au discours qu'il souhaite défendre, et l'expo semble se déliter un peu au fur et à mesure. Mais ma foi, c'est aussi ce qui fait le charme de cette visite guidée intello-farcesque, au cours de laquelle on croise de bien beaux motifs vlcsnap-2011-08-03-22h39m36s232(dans la peinture, de David à de Staël, dans le cinéma, dans les formes géométriques et architecturales) et de bien beaux mots (Racine, Harendt, Malraux...) Au coeur du dispositif se cache même un Godard qu'on ne connaissait pas, amoureux et touchant, qui expose des dessins de sa femme au regard d'un petit texte qui en dit beaucoup sur son couple ; le fait que cette séquence mignonne soit filmée par la concernée ajoute à l'aspect précieux de ce petit film sans façon, admiratif et complice, et qui donne un aperçu passionnant de ce qu'aurait pu être cette expo. JLG par JLG par le biais de madame.

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