"Vide toujours
Autour de nous
Malgré nous
Que l'on fuit chaque jour"

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Mini cycle Skolimowski sur Shangols (c'est sacrément pratique d'avoir - quasiment - toujours sous la main le film que l'on veut voir grâce aux gars de KG - gloire à vous) et véritable festival du légendaire Jean-Pierre Léaud (le mot est faible, sûrement) dans cette œuvre des années 60 qui file à trois mille à l'heure ; le scénario de base tiendrait sur un papier à cigarette (Jean-Pierre Léaud se démène dans tous les sens pour trouver une Porche et participer à un rallye) mais à partir de cette trame minimaliste, Skolimowski, tout juste débarqué en Belgique, enchaîne les situations cocasses. La bien jolie chanson titre semble annoncer la couleur : on assistera bien à une véritable fuite en avant, collant aux basques d'un Jean-Pierre Léaud lancé dès le départ à pleine vitesse (une meule qui démarre pas et le voilà parti à courir à toute blinde - petit travelling qui marque d'entrée de jeu des points - avant qu'on le retrouve au volant d'une Porche qu'il conduit comme un dingue) ; lorsqu'il croise dans son périple Catherine-Isabelle Duport, sa partenaire de Masculin-Féminin, on pense que le récit va se mettre à flirter avec l'incontournable romance... ou non. Malgré les diverses petites saynètes drolatiques entre les deux jeunes gens (drôle d'endroit pour une rencontre puisque la première fois que nos deux héros trouvent le temps de se poser se fera... dans le coffre d'une voiture), Skolimowski continue de nous filmer un Jean-Pierre, décidément pleine bourre, sur sa lancée jusqu'à ce qu'il se pose, finalement, avec sa brune-blonde dans une chambre d'hôtel... A défaut de voir cette histoire d'amour en ce monde de consommation... se consommer, ce sera la péloche qui finira, elle, par se consumer. Insaisissable Jerzy, décidément qui livre un film échevelé où l'humour n'est jamais absent.

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Le Jean-Pierre, faut reconnaître, se donne à fond, multipliant les séquences où il se bat : se fightant dru avec son pote déguisé en maharadjah ou avec ce type qu'il renverse en scooter - chaque coup de gueule et empoignade est une poilade en soi -, donnant des baffes accessoirement à la gente féminine qui le lui rend bien, ou demandant encore à l'un de ses potes de lui coller une châtaigne pour pouvoir s'échapper de son taff (Léaud is... garçon-coiffeur, un métier qu'il décrit avec une telle précision et une telle emphase qu'il semble l'avoir fait toute sa vie). Constamment en mouvement (faut le voir faire le guignol avec un simple miroir), on se demande s'il parviendra à trouver le repos ; il y a bien cette scène au milieu du film où, alors que la chanson-titre en remet une couche, il se trouve, au salon de l'auto, dans une voiture coupée en deux : sa partenaire féminine se trouve sur la banquette arrière, dans l'autre partie de cette bagnole qui ne cesse de se séparer - leur union semble, au final, quelque peu "transitoire", comme si tous les morceaux étaient quelque peu difficiles à ajuster.

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Tour à tour hystérique et posé, rigolard et sérieux, combatif et diablement passif (Jean-Pierre se fait faire une petite gâterie par une femme entre deux âges alors qu'il conduit : le plan fixe sur son visage mérite à vlcsnap-2011-08-02-21h59m30s73lui seul le détour), Léaud fait des pieds et des mains pour trouver l'argent nécessaire et louer le fameux véhicule (tout se vend et tout s'achète... ou se loue), en vient à en voler un ou à en "emprunter" un au besoin (débrouillard, notre garçon-coiffeur) pour, finalement, une fois l'objet du désir conquis, donner l'impression qu'il n'en a pas grand-chose à foutre (ne participera pas à la course, on est po chez Lelouch (oui c'est gratuit, j'avoue)). Un film aux rebondissements imprévisibles parsemé de personnages truculents (le vieux qui fait un malaise au salon de l'auto au volant d'une voiture, le vendeur de saucisses, son pote déguisé en maharadjah (Léaud parle super bien le maharadjaïen)...) qui laisse a bout de souffle. S'il s'agit d'une œuvre "mineure" de Skolimowski (film où la cocasserie prend peut-être parfois l'ascendant sur le fond), je veux bien tous me les faire.

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