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Ah c'est pas le genre d'histoire qui provoque la poilade à tout bout de champ : une orpheline (Marie) adoptée par des Thénardier marseillais, une pauvre gâte qui se retrouve à la colle avec un caïd violent et alcoolique pendant que son amoureux est en prison, son gamin qui est, forcément, malade, une infirme qui pète sa béquille (parfois le malheur s'acharne) et se retrouve à ramper - une séquence digne d'un Tod Browning -... et tout est l'avenant ; même dans le QG du Modem en plein mois d'août, il doit y avoir une ambiance plus échevelée (si jamais, il y a encore du monde, certes). Epstein aura beau essayer de nous rassurer, sur le tard, en balançant un carton annonçant que "l'amour fait tout oublier", il nous sera bien difficile de faire l'impasse sur les quatre-vingt minutes que l'on vient de voir aussi gaies qu'une porte de prison. Ça tire la tronche du début à la fin (dès le premier plan la pauvre Marie a le regard aussi "pauvre et penaud" que Mochi Mochi - faut connaître mon chat pour se faire une idée plus précise, j'en conviens) - le couple phare - Jean (Léon Mathot - moins expressif qu'Audrey Tautou, je vous fais pas de dessin) et Marie (Gina Manès qui ferait passer Cosette pour une boute-en-train) - étant généralement ultra pensif, tout concentré (ensemble ou séparément) sur ses malheurs, ça verse des larmouilles, ça se donne des airs de doux rêveurs à faire tomber la lune de tristesse... Bref, vous l'aurez compris, on rigole pas à tous les étages. Même si l'issue est favorable (la tête du caïd ensanglanté qui vient se fracasser à côté du landeau du bébé, olé !), on imagine mal notre jeune couple passer le reste de sa vie à se taper sur le ventre... Coeur fidèle, ouais, tu parles, Coeur ultra déprimant plutôt.

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On ne peut pas dire, qui plus est, que le Jean booste vachement sa mise en scène : on comprend rapidement que son grand truc, au gars, c'est le plan fixe, qu'il aime que ses acteurs en fassent un minimum (Jean et Marie, debout, au centre de la pièce se serrant l'un et l'autre dans les bras - plans 12, 45, 76, 98, 123, 234 (nan je plaisante)) et que si cela ne tenait qu'à lui, il ferait tout son film en filmant les gens de dos, assis (ouais, j'abuse un poil, et je suis en plus franchement mauvaise langue car j'ai trouvé l'idée de ces deux-trois plans de personnages de dos (au début du film) franchement originale). Epstein a également une véritable passion pour les gros plans (de préférence quand la personne est vieille, moche et qu'elle pleure - ça c'est fait) histoire de bien nous montrer que la plupart des gens, même vus à ça, sont malheureux comme des pierres - on voit bien toutes les petites rides d'angoisse (tu as un flingue dans la main au début du film, tu vois jamais la fin). Attention, tout de même, parfois, le cinéaste tente l'effet de style : ainsi le visage de Marie, qui hante les pensées de ce troubadour de Jean, qui vient en surimpression d'un paysage aquatique et surtout, surtout, attention ça barde, quand il tente l'effet de montage "tourbillonnant" : Epstein se prend pour Eisenstein (c'était tentant, reconnaissez-le) et tente de nous en mettre plein les mirettes lors notamment de la fête foraine : d'un côté Marie et son caïd qui l'écrase contre elle sur une balançoire infernale, de l'autre mon vieux Jean qui se tape toute la route à pied (il va au troquet de Marie, apprend que le sale type l'a emmenée en virée à la campagne et décide de partir à sa recherche en se mangeant 342 kilomètres de route (au bas mot) tout à pinces - pas un dégonflé et un bon marcheur, le Jean) et, entre les deux, des images qui filent à cent mille à l'heure (c'est plutôt dû à une image toutes les cinq secondes, pour rester lucide) de cette fameuse fête - bien aimé en particulier le plan sur le gâteau en forme de cochon avec le mot "amour" dessus - oups) : on sent que la confrontation entre les deux hommes va être terrible, l'engrenage infernal est en route, qui va morfler ?... Ouais ben petit kiki quand même, un chtite rixe au couteau, même po une blessure et mon Jean qui se fait bêtement arrêter par un flic (le caïd prend, lui, ses jambes à son cou, pas bête) : allez hop, un an de prison (c'était le grand-père de Guéant qui était Ministre de l'Intérieur à l'époque ?). Dur, d'autant qu'à peine sorti de tôle, il retrouve Marie avec un moutard dans les bras. Mais il a le cœur fidèle, on le sait, c'est le titre. Nan, bon, la photo sublimement rénovée est bien joulie (en particulier les gros plans), le Jean fait preuve d'un évident sens du cadre,... après, ouais, faut aimer le bon vieux mélo et les acteurs qui serrent les dents pendant tout le film, c'est vrai, pour vraiment succomber... Hum.

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