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Un peu partagé entre l'admiration et le sarcasme à la vue de ce film étrange qui sait être grand en même temps qu'immonde. Ce qui est grand, c'est l'idée de départ, absolument improbable et que seul un adepte de la flower-power generation pouvait en imaginer à l'époque : Ned Merrill (Burt Lancaster), après une visite à des amis, décide de rentrer chez lui à la nage, en passant par toutes les piscines qui se succèdent jusqu'à sa maison ; on assiste donc à un parcours initiatique aquatique en milieu bourgeois, chaque nouvelle piscine traversée par le bougre s'avérant être une nouvelle piste d'entrée sur sa vie. Le périple sera douloureux, notre Burt se heurtant de plus en plus à la malveillance et à la vanité au fur et à mesure qu'il s'enfonce dans la jungle de ces villas clinquantes habitées par des nantis haineux.

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On l'avouera : jamais on n'avait vu ça avant. L'idée paraît complètement con au début, mais le fait est que Perry s'y tient coûte que coûte et que le scénario est superbe. Petit à petit, le pari de Merrill devient un vrai parcours du combattant, abstrait, métaphysique et politique. On y voit une Amérique des riches qui refuse les marginaux ou les originaux, convaincue de sa supériorité, d'un mépris glacial. On y voit un homme affronter sa propre misère, financière, sociale, sexuelle, personnelle. On y voit un monde paradisiaque, primitif y côtoyer sans frontière un univers de luxe moderne incroyable : c'est d'ailleurs l'occasion d'un plan d'ouverture sublime - le générique se déroule sur des paysages de forêt edenique emplie d'animaux, on croit être dans une île déserte, puis soudain un homme en maillot de bain émerge du bois et plonge dans une piscine luxueuse. A la fois Adam, Pan et Boudu, Lancaster représente un certain état de la nature, complètement inadapté à la société de consommation libérale qu'est devenue l'Amérique. Perry fait toujours se côtoyer ce temps de l'innocence primal et ce monde de l'argent-roi, dans une posture rappelant Douglas Sirk mais en beaucoup plus violent et cynique. Le film flirte avec le concept, détachant ses personnages de la réalité : les piscines surgissent de rien, tout comme les personnages, tout comme les situations ; jusqu'à ce final vraiment troublant et remarquable, dans lequel on se rend compte combien le film est abstrait, purement cérébral. L'allégorie est peut-être parfois un brin lourde (ce môme qui joue du flutiau en bordure du monde, cette scène d'amour biblique entre Lancaster et une jeune première...), mais la plupart des idées sont excellentes et Perry prend tout son temps pour faire exister les situations, les ambiances (l'étouffement de la séquence à la piscine municipale), les dialogues fouillés (dont le meilleur a paraît-il été filmé par Sydney Pollack).

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The Swimmer est malheureusement souvent gaché par l'esthétique asolument immonde de l'ensemble. Je veux bien reconnaître qu'il faut le resituer dans son époque ; mais même en 1968, il devait déjà être affreux. Si Perry est un très bon scénariste et un intellectuel fin, il n'est pas un esthète... Ces ralentis affreux sur Lancaster qui saute des haies (...), ces flous érotico-ringards lors des ballades en forêt, ces acteurs maquillés à la truelle et dirigés au plus court, cette musique soûlante de mièvrerie qui est toujours placée au premier plan... c'est une horreur, et même Lancaster semble complètement abasourdi par l'absence totale de direction d'acteurs : il se contente de montrer ses muscles (j'adore quand il essaye de mimer la colère en gonflant ses biceps face caméra, on dirait Lavilliers) et de balancer ses sourires Colgate qu'il a toujours trouvés faciles quand il n'a rien à jouer. En gros, il est nul, comme toute la distribution, et qui plus est filmé laidement par le réalisateur. Le montage, déséquilibré et chaotique, n'arrange rien. Dommage, parce que ce film est un des plus originaux que j'ai vus dans son projet et son écriture ; confié à un autre réalisateur, il aurait confiné au chef-d'oeuvre.

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