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Intriguant sur le fond, pas terrible sur la forme, voilà résumé ce film qui a au moins le courage de se frotter au genre du thriller, bien rare dans le cinéma français. Hélène Angel utilise même les bonnes vieilles recettes du cinéma psychologique hexagonal pour les transformer en motifs anxiogènes, et c'est vrai que c'est plutôt intelligent. Au départ, on est en terrain connu : un couple en crise qui vient récupérer une maison dans laquelle le frère de madame vient de se tirer une balle dans la tête ; le but de monsieur : vendre le plus vite possible pour revenir à sa vie trépidante d'homme d'affaires débordé ; celui de madame : renouer avec ce frère mort à travers les souvenirs. Très vite, une présence flotte dans la maison, de plus en plus concrète. On se dit, ok, une histoire de fantôme qui ouvre les portes et met 1h à apparaître, je vois, pardonnez mon bâillement. D'autant que Angel ne se gène aucunement pour balancer les bons vieux passages incontournables, panne d'électricité, téléphone qui sonne dans la nuit, pas au plafond, et jusqu'à un mystérieux trou dans la cave dont on devine immédiatement la symbolique un peu lourde (genre le passage vers soi-même, l'introspection, la matrice, ce genre de trucs).

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Angel n'est pas assez habile dans ce domaine pour nous faire peur. Montage trop rapide (Yann Dedet aux manettes, pourtant, qu'on a connu plus inspiré dans le maniement des rythmes), acteurs mal à l'aise (surtout Berling condamné à jouer à 200 à l'heure une caricature de trader tout en montrant qu'il vit une crise de couple), beaucoup de clichés du genre, incapacité à faire vraiment exister le décor pourtant intéressant de la vieille maison familiale abandonnée en pleine campagne (on ne comprend rien à l'agencement ni des pièces ni de la forêt alentour), on soupire devant les maladresses de débutant et devant cette non-histoire tracée à gros traits.

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Et puis subitement, à peu près à la moitié du film, grosse surprise scénaristique (impossible de la dévoiler, je suis pas sadique), et enfin le film se met à raconter quelque chose. Quelque chose d'intéressant qui plus est, dans les rapports humains, mais surtout sur la politique, sur notre rapport à l'autre, sur la vraie identité de "l'ennemi". On quitte peu à peu les sentiers du fantastique, qui convenaient peu à Angel, pour arpenter ceux de la satire sociale à la Chabrol, mâtinée d'une tension qui devient enfin prégnante. L’interprétation est toujours aussi maladroite, le rythme toujours trop rapide (le film dure 1h10, et aurait gagné à être étoffé, à prendre plus le temps de la théorie) ; mais on sent derrière tout ça une vraie ambition : celle de raconter le monde d'aujourd'hui, sa complexité, ses fossés sociaux, ses inégalités, à travers le film de genre. Pas si loin de John Carpenter, finalement ; il ne manque à Angel que le talent de metteur en scène et elle pourra peut-être réaliser son The Thing à elle.