18936924_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20080506_053818Un petit film de genre, ça fait jamais de mal, même si ici on a du mal à sortir des sentiers un peu rebattus de la chose. Na est un bon élève, qui a vu les films de ses compatriotes (de Park Chan-Wu à Bong Joon-Ho) ainsi que les thrillers glauques américains, et sait très bien mélanger les sauces pour arriver à un plat assez goûtu. Nous voici donc dans le noir de chez noir, un Séoul nocturne et inondé de pluie où sévissent macs peu scrupuleux, serial-killers torve et flics incapables. Jouant sur la thématique de l'impuissance (sexuelle d'abord, mais aussi morale, et très concrètement l'impuissance à sauver ceux qu'on aime), le film raconte la traque par un ex-flic devenu proxénète d'un tueur de prostituées. Intéressante façon de raconter cette trame, presque sans suspense : dès le début, on connaît le tueur, il est arrêté, et on se demande bien où va aller le film par la suite. Il va dans une sorte d'errance urbaine parfois très intéressante, épousant les petits chemins du film sentimental (avec le personnage inutile et quelque peu putassier de la petite fille récupérée par le mac), du film d'horreur, et du thriller psychologique à la Hannibal Lecter. Na n'hésite pas non plus à utiliser un certain humour macabre ou absurde, qui donne à la chose un ton très personnel qui fait mouche.

18936926_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20080506_053822Pendant une bonne heure et demie, on plonge avec délice dans ce film étrange, maniant une esthétique certes déjà vue (la ville interlope) mais fort bien rendue par la mise en scène puissante de Na Hong-Jin, racontant fort bien cette histoire glauque portée par des personnages forts : le rôle du tueur, notamment, est intelligemment confié à un acteur très féminin, doux, beau, qui n'abuse pas des tics inhérents à ce genre d'emploi ; le mac, lui, entre clown délirant et intériorité, convainc aussi complètement. Les filles sont belles, la mise en scène est tonique, le scénar est fun, c'est très bien. Dommage que les scènes d'action (les longues courses-poursuites dans les rues, les bagarres hyper-violentes) soient rendues complètement illisibles par un montage épileptique qui gâche tous les repères ; on préfère quand la violence est filmée lentement, dans toute son horreur (le ralenti sur le marteau qui frappe une tête, brrrr) que quand Na joue les frileux en la cachant sous ces plans proches du zapping effréné. Dommage enfin que la dernière demi-heure soit aussi ratée, tombant dans la mièvrerie, ne sachant jamais conclure. Cette dernière partie est tellement maladroite qu'on sort complètement du film et qu'on se rend compte des grosses invraisemblances du scénario, du manque de crédibilité psychologique des personnages et de la roublardise du réalisateur, qui jongle avec la sensiblerie et le "voyeurisme" de façon un peu trop commerciale. Sur la longueur, le film s'écroule comme un château de cartes ; mais tant que celui-ci tenait encore debout, il constituait un bel édifice.