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Encore un film de bien belle tenue signé Mankiewicz, même si le rythme de l'ensemble n'est pas toujours ultra trépidant (au niveau de l'action, c'est la partie congrue, faut reconnaître) : comme dans l'excellent Five Fingers, les joutes verbales sont nombreuses : entre nos deux héros - Pyle le Ricain (Audie Murphy) face à Fowler l'Anglais (Michael Redgrave, absolument parfait) qui discutent en parfait gentlemen de "l'avenir" d'une femme vietnamienne - la bien jolie Phuong - pour laquelle les deux ont le béguin ; entre Fowler et ce mystérieux Heng qui tient à le tenir informé des soi-disant activités secrètes de Pyle ; entre Fowler et cet inspecteur roublard (Claude Dauphin whose english is verry verrrry good), deux personnages dont on a du mal à savoir, jusqu'au bout, lequel cache le mieux son jeu. Ça discutaille donc ferme comme pour mieux se cacher derrière les mots (en particulier pour notre Anglais) et pendant ce temps-là, en arrière fond, ben il s'en passe du bazar : nos amis colons français sont en guerre dans le Nord contre ces fourbes de communistes, des attentats ont lieu en ville (des bombes en forme de pompes à vélo, c'est fourbe...) et cerise sur le gâteau, ce fameux et troublant meurtre de Pyle qui va nous tenir en haleine tout du long. Mankiewicz inscrit parfaitement son intrigue dans son cadre historique, géographique et culturel - il s'ouvre notamment avec la célébration du nouvel an Chinois : un défilé traditionnel qui annonce, dès le départ, avec ces multiples masques gigantesques, que les apparences peuvent être trompeuses - et réalise le portrait d'un homme totalement confit dans ses certitudes qui va tomber de très haut (c'est un Anglais qui morfle et point un Français, sur le coup on s'en sort quand même plutôt bien...)

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Ce qu'il y a d'absolument passionnant dans cette histoire, c'est de voir à quel point l'ami Redgrave se réfugie derrière ses propres conceptions : en ce qui concerne la guerre, il se la joue ultra libre-penseur et indépendant, genre le journaliste qui sait prendre du recul sur les choses et qui n'a aucun intérêt à prendre parti ; il est tellement sûr de son coup, il a déjà tellement vu de choses que pour un peu, il ne se rendrait même pas sur le front de cette guerre si personne ne le poussait à y aller... De ce pays asiatique, il a également pratiquement tout compris, et l'on sent derrière son petit sourire mesquin à quel point il se moque de ce petit Ricain qui débarque à Saïgon et qui se révèle incapable de "comprendre" les coutumes locales. Pour ce qui est des femmes, cet homme marié n'est po du genre non plus à remettre en cause sa philosophie : sa bobonne épiscopalienne  est à Londres, il coule des jours paisibles depuis deux ans avec la bien accommodante Phuong, et quand l'heure viendra de partir, on peut être certain qu'il reviendra à ses croquettes Friskies sans remords ni regret... L'arrivée de ce petit merdeux de Pyle qui lui annonce d'entrée qu'il veut se marier avec sa pineco (manque po d'air celui-là) ne va pas tarder à lui taper sur les nerfs : qu'est-ce que ce petit idéaliste qui ne connaît rien à rien va lui faire comme morale ? Bon, ok, il va lui sauver la vie, mais est-ce qu'il a des leçons à son âge à recevoir ? Redgrave, c'est le genre de gars qui a tout compris de la life, qui peut éventuellement donner un ptit coup de main pour que l'on remette sur le droit chemin un type qui déconne, mais qui ne va jamais se remettre en cause. Poor English laminé par son propre sentiment de supériorité... Si les scènes d'action se comptent sur les doigts d'une demi-main (l'attaque sur la route et l'attentat), ces dialogues magnifiquement ciselés et interprétés avec brio donnent tout son sel à ce portrait d'un homme qui a bien du mal à ouvrir les yeux sur ses propres "lacunes" ... Un Américain bien tranquille, oui surtout une fois mort, et un Anglais bien couillon joliment manipulé... Belle chtite leçon d'humilité...

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