19417513_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100413_120025Si on peut aimer L'Illusionniste, ce n'est pas pour les raisons qu'on attend. Sur le papier, comme c'est un scénario de Tati, on se dit que ça sera au moins ça de pris, et que ça mérite le détour pour cette raison. On est prêt à se fader la terne esthétique de Sylvain Chomet à l’œuvre dans le poussiéreux Les Triplettes de Belleville, et on y va confiant. Eh ben tout faux : autant la mise en scène surprend dans ses hommages au maître et dans sa finesse, autant le scénario déçoit. C'est donc dans une humeur mi-figue mi-raisin que vous me voyez à cette heure.

Chomet retrouve réellement la sève de l'humour tatiesque. Pas ou peu de gags directs, juste une série de minuscules détails rigolos et discrets qui entourent les personnages ; un héros absolument dans le ton de Mr Hulot, dégingandé, maladroit et digne, coincé et généreux ; un rythme délicat, qui prend le temps de regarder le monde extérieur ; une foule de personnages secondaires craquants (bien aimé ce ventriloque moisi et sa marionnette minable) ; une manière d'utiliser les voix comme des instruments, par petites touches sonores d'où ne sortent que quelques mots... Tout ça nous replonge 19417522_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100413_120124immédiatement dans l'univers du grand Jacques, mais Chomet y adjoint un je-ne-sais-quoi suranné absolument délicieux, un ton presque funèbre qu'il tiendra jusqu'au bout. Le sujet est d'ailleurs la fin d'un monde, celui du music-hall qui laisse la place à l'infâme rock'n roll, et tout baigne dans la tristesse de la disparition. Seul un amour naissant entre le magicien Tatischeff et une jeune Ecossaise, amour d'ailleurs beaucoup plus filial que charnel, donne encore quelques couleurs à ce monde pluvieux. La fin, complètement fermée, surprend en restant dans cette atmosphère mortifère. Le film est désespéré comme ont pu l'être Limelight ou Ginger et Fred, références beaucoup plus évidentes là-dedans que les films de Tati eux-mêmes.

Pourtant la mise en scène n'est jamais directement tatiesque, et aucun des plans de L'Illusionniste n'aurait pu être réalisé par lui : beaucoup de gros plans, qui laissent apparaître le visage du héros alors que celui de Tati est toujours resté à distance dans ses films, quelques travellings virtuoses (et pas très inspirés) qui survolent un paysage, ou une musique beaucoup trop savante, Chomet tient à faire son film à lui et c'est tout. Par contre, on retrouve quelque chose de l'artisanat de Tati dans la technique de dessin, à l'ancienne, au crayon, à l'huile de coude. Le dessin est beau, rien à dire, même si on peut le trouver daté comme c'est pas possible.

19417465_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20100413_115024Quant au scénario, comme je l'ai dit, il est vraiment raté : il aurait pu passer à la rigueur à l'époque de Tati, et sous sa direction (après tout, Playtime avait son petit côté réac lui aussi). Mais en 2010, il soûle par son côté "c'était mieux avant", engoncé dans un esprit Trente Glorieuses affiché comme le sine qua non du bonheur. Là où on espérait un nouveau film de Tati, on se heurte à un état d'esprit dépassé, qui a pris un méchant coup dans l'aile. Le rock a eu raison du music-hall à paillettes, nous on en est ravi, mais pas le film, qui sombre dans un passéisme douteux. Glorification des petites gens, cliché à tous les étages sur la représentation fantasmée des années 50, ritournelle assommante de l'amour platonique et asexué, beuark. Sur ce coup, Chomet est plutôt bon, et Tati plutôt mauvais. (Gols 30/07/10) 


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Chomet, en reprenant ce scénar de Tati avec des années de retard (ceci explique peut-être cela...) décide de faire dans le minimalisme aussi bien au niveau des gags que dans le récit de ces gens de peu. C'est tout à son honneur de ne pas faire dans la blague facile ou dans le tape à l'oeil (à quelques exceptions près, comme ce plan "cosmique" et virevoltant sur Édimbourg (juste après avoir libéré le lapineau) qui dénote un poil...) et de se concentrer sur ces petites choses de la vie, les tout ptits plaisirs, les ptits sourires, les ptites désillusions... Mouais, seulement, à force, on est jamais loin de tomber dans un pseudo-misérabilisme rythmé par cet affreux leitmotiv : où est passée toute la magie d'antan ? D'autant que Chomet tente de nous faire passer le message avec un lapin et un chapeau, pardon, avec un clou et un marteau et si on comprend son désespoir de voir disparaître tous ces petits métiers artistiques de jadis (magicien, ventriloque (un alcoolo), clown (un alcoolo suicidaire), rempailleur de chaise... trouvez l'intrus, quoique...), il n'était peut-être point la peine de faire passer la "modernité" (enfin celle de mon grand-père...) comme aussi falote : voici venu le temps des télévisions, de la société de consommation (enfin surtout pour les femmes, ces connes, qui passent leur temps à vouloir un nouveau manteau, une nouvelle robe, des nouvelles chaussures, un nouvel amant,... rahhh on était plus tranquille quand elles faisaient la popote et pensaient que les strings servaient uniquement à s'attacher les cheveux en faisant la lessive), de l'omniprésence de la pub et des rock stars ultra efféminés - va dire à Eddy Mitchell que c'est une grosse tapette et tu verras le coup de banane brushingé qu'il va t'envoyer, Sylvain !). Enfin bon, je m'emporte, ce qui ne sert pas à grand-chose, l'ensemble étant quand même bien doucereux - j'ai un peu de mal tout de même à comprendre comment j'ai pu m'ennuyer autant durant un film d'animation de soixante-dix minutes (attention vous parlez à un gars qui s'est tapé des feuilletons japonais muets, po un fan de Bruce Willis, on s'entend). Alors oui bon, il reste tous ces micro-détails sympathiques qui titillent, sur un millimètre, les zygomatiques (la chtite Alice toute de traviole sur ses talons aiguilles qui regarde avec effarement ces grandes bringues de danseuses hautes perchées qui se déplacent avec la même agilité que des flamands roses, notre gars magicien avec sa seule et unique affiche pour tout C.V., ce lapin blanc gros et teigneux comme mon chat (Mochi-Mochi le "petit" dernier), cette scène toute mignonnette sur la fin lorsque, dans le train, on pense que le magicien va donner à la petite fille qui a égaré son petit crayon, son propre crayon qui est beaucoup plus grand et pis nan, en fait ("Les magiciens n'existent pas", sniff, j'ai mon petit nez rouge qui coule)). Reprise à contre-temps d'une œuvre déjà tournée vers le passé... ça sent quand même un peu la poussière, nan ?, enfin, la gentille et bienveillante poussière, si vous voulez... (Shang 18/06/11

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