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Hommage intime au cinéma de série B qui a bercé son enfance, comédie de divertissement pop-corn, et aussi satire ricanante de la société ricaine, Matinee est une petite chose ma foi sympathique, mais qui se heurte à l'écueil habituel de Joe Dante : le schématisme, le premier degré, la lourdeur dans le discours. C'est très noble de sa part que de vouloir ainsi réhabiliter le cinéma bis de son jeune âge, celui des films d'épouvante à la con ; et ça fonctionne d'ailleurs plutôt bien. On sent la patte autobiographique qu'il met dans son personnage principal, jeune mec qui compense l'absence de son père militaire par la passion du cinéma d'horreur. Les plus belles scènes du film sont celles où on voit cet ado ouvrir de grands yeux fascinés devant les petits trucs techniques destinés à déclencher la peur, où on le voit compulser ses magazines méchamment pointus pour retrouver le nom d'un sombre acteur, et surtout où on le voit plein de questionnements face à l’ambiguïté des sentiments qu'il ressent au cinéma : pourquoi aimer se faire peur, alors qu'on refuse la réalité horrible de la vie ? Qu'est-ce qui fait qu'on croit ce qui se passe sur l'écran ? Où s'arrête le cinéma,où commence la réalité ? Cette passion pour le cinéma va de paire avec une découverte du sentiment amoureux, et c'est plutôt bien vu, ce cheminement vers la maturité qui passe par une fidélité inconditionnelle à ses passions.

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Le modèle du jeune homme, ça va être une sorte de réalisateur-producteur à la Ed Wood ou à la William Castle, qu'on pense être, dans les premières minutes, un ringard fini doublé d'un vénal homme d'affaire véreux, et qui va se révéler être un fournisseur de rêves plein d'esprit et d'imagination. Son but : terroriser son public, par tous les moyens possibles. Là aussi, le film est attachant quand il décrit les efforts de ce grand garçon (c'est John Goodman qui joue le rôle, et s'il est peu convaincant, il faut reconnaître que son physique de vieux poupon joue en sa faveur) pour inventer des trucs terrifiants, sièges qui tremblent, effets de fumée, acteurs déguisés en monstres, écran qui se déchire... C'est le plus bel hommage que l'on puisse rendre au cinéma : Goodman occulte la réalité, ne veut même pas la voir, pourvu que ses ados bondissent dans leurs sièges, consomment du pop-corn et veuillent voir le film une deuxième fois. Du coup, il devient lui-même une sorte de monstre inconscient, puisque tout ça se déroule dans un contexte grave (la crise de Cuba, la hantise de la bombe nucléaire) que le producteur va utiliser pour augmenter la peur de son public. Très beau plan que celui où le film projeté ("L'Homme-Fourmi") s'enraye pour laisser apparaître le champignon atomique, comme si la réalité vampirisait la fiction... jusqu'à ce qu'on se rende compte que ça aussi était un effet cinématographique. Dante affiche une confiance sans nuance envers le cinéma, quitte à le préférer à la réalité.

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C'est malheureusement dans sa partie justement politique que le film s'emmêle les pinceaux, par trop de simplisme. La peur du nucléaire donne lieu à quelques séquences vraiment trop naïves, et à des personnages caricaturaux : la jeune fille coco, issue d'une famille d'intellos de gauche, qui se révolte contre le lavage de cerveau, ou le directeur de cinéma phobique sont bien trop cartoonesques pour être vraiment attachants. De même, le petit discours sur les ligues de vertu corrompues par le système s'avère bien léger. On sait que Dante est un pseudo-punk, et qu'il ne s'embarrasse jamais trop de finesse dans son abord de la chose publique (cf Gremlins ou le grand Homecoming) ; bien lui en prend, d'ailleurs ; mais ici ça ne marche pas, sûrement parce qu'un tel sujet appelait un peu moins de potacheries pour un peu plus de sensibilité et de subtilité. Il y a en plus de sévères baisses de rythme, un montage souvent à la truelle et une direction d'acteurs hasardeuse : ce n'est vraiment pas un grand film, quoi, même si, encore une fois, il a le charme de ces œuvres à la première personne, une vraie atmosphère nostalgique qui touche à plein d'endroits. A voir, indéniablement, comme un divertissement de bonne tenue, d'ailleurs très réussi dans sa reconstitution d'un certain âge d'or du cinéma (le film dans le film est parfaitement crédible) ; pour le fond, une petite œuvre de Dante.

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