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Il est clair qu'à force de se mater des films noirs, on attend à chaque film son lot de meurtres sanglants, de trahison, de femmes vénéneuses, de coups bas... Bien que Preminger soit aux manettes, rien de cela dans Daisy Kenyon, une œuvre au scénario clair comme de l'eau de roche : le cœur de Daisy Kenyon (Joan Crawford, dont je vais finir pas devenir un grand spécialiste) balance entre un célèbre avocat marié, Dan (Dana Andrews) qui ne parvient pas à quitter sa femme (à cause notamment de leurs deux filles) et ce grand sifflet de Peter (Henry Fonda), militaire et veuf, un gazier qui a du mal à tourner la page. Si les sentiments de Daisy pour Dan semblent évidents, elle est quelque peu lasse de ses constantes absences... Elle menace de rompre mais le Dan parvient in extremis à rattraper la sauce. Si Daisy semble au départ simplement amusée  par la cour que lui fait Peter, elle va contre toute attente répondre positivement à sa demande en mariage. Dan est scié et paraît prêt dorénavant à tout pour la reconquérir, quitte à abandonner ses deux chers enfants... Ah ben oui, je vous avais prévenus, le scénar est loin d'être gore, celui se concentrant uniquement sur les sempiternels sentiments amoureux - je te l'ai jamais dit mais en fait je t'aime, bon ben mouais en fait je t'aime plus, t'es la femme de ma vie, ouais mais tu vois tu m'as vachement déçu, je serais prêt à voter Bayrou si tu me le demandais, ouais avant je t'aimais mais cela m'est passé, maintenant je préfère être seule tu vois, enfin sauf si... Tout à l'avenant, la Daisy, en particulier, ne semblant jamais vraiment savoir sur quel pied danser ; faut dire que le Dan à qui tout réussit généralement est un peu gavant d'auto-satisfaction, alors que le dévoué Peter paraît lui bien mollasson quand il s'agit de faire montre de son attachement ( - Tu m'aimes? - Ben comme tu veux, tu choisis pour moi, genre). Lequel des deux hommes va triompher ? Et si c'était aucun, hein, vous seriez bien pris...

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Le suspense n'est po vraiment hitchcockien même si sur la toute fin, Preminger s'amuse à enquiller de gros plans sur un téléphone au son strident et le visage paniqué de la belle Joan - elle commence d'en avoir ras la casquette des relances de ces deux hommes, elle se jette dans sa voiture et part à fond les manettes sur de petites routes enneigées, ça sent la connerie mais aussi la seule cascade du film - j'en dis po plus. Pour le reste, on prend un certain plaisir (c'est relatif) à voir la façon dont Preminger prend soin d'éclairer les visages de ses personnages (là il est dans l'ombre, là toujours, il relève la tête pour parler, poum pile-poil dans un rayon de lumière lunaire, bien joué Otto) et aussi de travailler ces plans où, autour du personnage central, tout semble flouté - bien belle mise en relief, ma foi. Sorti de là, c'est forcément bavard à mort et même si on s'amuse des confrontations à trois (Andrews et Fonda sont de purs gentlemen (la grande classe, à tel point qu'ils en deviennent parfois presque chiants : ah ben si tu la veux, attends, te gêne pas, on va pas se provoquer en duel de toute façon, hein ?)) durant lesquelles le cinéaste cadre Joan avec l'un ou l'autre des deux hommes - en fonction des points qu'ils marquent ou perdent (bien aimé aussi sur la fin, la présence de la "balance de la justice" dans cette baraque isolée, à l'image du ptit cœur de la Joan qui continue d'osciller jusqu'au bout... Que et qui choisir ?) -, on aurait bien du mal à dire qu'il s'agit là d'un très grand Preminger. C'est propre, solidement interprété mais il manque, peut-être, au final, un peu de passion, de folie, pour nous faire vraiment vibrer. Un Preminger bien sage, en fait.

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