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Bien bel exemple de complexité narrative (le flash-back dans le flash-back du flash-back, toujours un plaisir) pour rendre compte des différentes "couches" (actes conscients et inconscients) d'un cerveau. On est dans le freudisme cinématographique pur avec cette femme, Nancy (excellente Larraine Day aussi crédible en ingénue qu'en femme "responsable") littéralement enfermée / "locked" (la relation avec le titre s'impose) dans son passé, et ce bien qu'elle s'en défende. Kleptomane voire tueuse au besoin (un petit degré de gravité en plus, certes), menteuse comme pas deux ou simplement "amnésique", tout le problème est de savoir comment lui reprocher certaines choses vu qu'elle se place constamment dans le déni... (même lorsqu'on exhibe sous ses yeux les preuves de ses larcins, rien ne permet d'"unlocker" sa mémoire). Sous cette apparente complexité dans la construction, se cache un film finalement très facile à suivre (une fois que l'on atteint la couche "- 4", on remonte chaque couche progressivement) à l'image de cette héroïne à la personnalité apparemment complexe, torturée mais dont le problème est assez "basique" - un traumatisme vécu dans son enfance (une accusation de vol non fondée) la pousse à commettre certains actes à chacune de ses relations amoureuses.

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On sent que Brahm se plaît à remonter dans le temps (le fil(m) qui se débobine) avant de revenir au présent narratif, à "la surface" - et par là-même à la résolution de l'énigme Nancy. Première couche avec son futur mari (Gene Raymond) mis en garde sur la folie de Nancy par son précédent époux (Brian Aherne) - deuxième couche - lui-même prévenu des problèmes de sa Belle par son premier grand flirt  - Robert Mitchum, la troisième couche, auquel elle avait raconté un incident qui avait eu lieu dans son enfance (la fameuse quatrième couche, à l'image de ces gros gâteaux d'anniversaire à la crème de cette séquence). Le passage entre Larraine Day et Robert Mitchum est sans doute le plus réussi avec ces multiples scènes jouant sur les clairs-obscurs : Nancy est un véritable "bonheur de femme" - souriante, enjouée, dynamique, qui ne peut malgré tout s'empêcher de commettre des actes graves...; après avoir raconté au Bob son histoire d'enfance traumatisante (sa "petite amie", une jeune fille issue d'une famille riche (alors que Nancy était la fille de la bonne), lui a offert un médaillon avec un diamant : ce cadeau qui est pour elle le plus précieux va lui être repris par la mère de la fille qui va ensuite - après la disparition du médaillon - l'accuser, à tort, de l'avoir volé), et reconnu le vol du bijou que le Bob a trouvé dans son sac, on pense que cette double confession va permettre de la guérir. Mais le problème est en fait beaucoup plus profondément ancré en elle : elle va non seulement continuer de voler, mais aussi se montrer de plus en plus distante avec son passé - reniant chacun des actes qu'on lui reproche (elle semble ainsi se mettre volontairement un "voile sur les yeux", à l'image de ces différentes voilettes couvrant son visage sur la fin du film). Seul un "événement" aussi fort (remettant en scène plusieurs éléments de cet acte "originel") peut lui faire ouvrir les yeux sur ses problèmes... ou la faire "s'emmurer" un peu plus en elle, la replongeant en enfance...

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A la voir, tout petite, embrasser ce médaillon, le caresser et ce après que sa petite amie lui a parlé entre "deux portes", difficile de ne pas faire le lien entre ce bijou et l'éveil de la sexualité. Vu la façon dont elle se retrouve "grondée" pour ne pas dire "accusée" à propos de ce médaillon qu'on l'accuse ouvertement d'avoir volé - comme des baisers... -, on comprend que l'histoire aurait de quoi faire jouir Freud himself. Chaque fois qu'elle rencontre plus tard un mâle, elle éprouvera le besoin de s'emparer d'un bijou, le vol étant sans nul doute associé dans son esprit, inconsciemment, à la découverte du plaisir. L'autre aspect des plus intéressants de ce film est l'utilisation de l'image de Cassandre auquel elle se retrouve associée via l'une des peintures de Mitchum. Ce dernier a fait de cette figure mythologique une représentation où elle a les yeux clos, comme s'il était impossible de lire dans son regard son éventuelle "folie", ou encore comme si cette figure s'aveuglait volontairement sur ses problèmes. Il peindra plus tard sa douce en train de marcher - les yeux ouverts -, rien ne semblant pouvoir l'arrêter dans "sa quête" (malheureuse) de l'amour (l'ironie de l'histoire - comme si la malédiction de Cassandre avait finalement dépeint sur les partenaires de Nancy -, c'est qu'à chaque fois qu'un homme va tenter de mettre en garde le suivant sur les "problèmes" de Nancy, il ne sera pas cru - l'amour est lui aussi aveugle...). Une résolution sans doute un peu lapidaire pour ne pas dire simpliste mais, au delà de ce final un poil décevant, on se laisse facilement prendre au jeu de ce film savamment et intelligemment agencé.

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Noir c'est noir, c'est