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On n'est peut-être pas tout à fait à la hauteur des immenses chefs-d’œuvre de Murnau, mais il n'empêche que Faust est absolument sidérant, d'une ampleur visuelle extraordinaire, le film fourmillant de 150000 idées par plan. Au niveau de la mise en scène, on est effectivement cloué sur place, tant le gars ne lésine sur rien : que ce soit une course épique de démons sur des chevaux aux naseaux frémissants, ou une ronde d'enfants autour d'un cerisier en fleurs, que ce soit la description de la peste qui sévit sur la ville ou le mariage de la Princesse de Padoue, Murnau offre une palette d'effets esthétiques immense. Les plans larges sont toujours impressionnants, et on ne peut que reconnaître qu'au point de vue de l'ambition, le gars Friedrich est bien le meilleur de son temps. Il faut voir le diable étendre ses ailes sur la ville, ou la façon dont est filmé le petit village, tout en maisons tordus et en escaliers impossibles (les expressionnistes ne savaient décidément pas monter un escalier potable), ou la tempête gronder à l'intérieur d'une maison, ou la longue errance finale d'une Gretchen abandonnée dans un désert de glace, ou l'apparition de Méphisto dans un cercle de feu, pour mesurer tout le génie du gars quand il s'agit d'épater le bourgeois. De ce côté-là, Faust est une pure splendeur, qui n'a pas à rougir face à Griffith ou Von Stroheim. Murnau arrive même à insuffler au sein de cette immensité de moyens une atmosphère trouble, sulfureuse, qui sert très bien son récit beaucoup plus polisson qu'il n'y paraît.

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C'est d'ailleurs curieusement dans les scènes primesautières du milieu que le film prend vraiment tout son intérêt, dans ces jeux sexuels évoqués avec une pudeur de jeune fille, mais bien présents dans la subtilité de la mise en scène. Ces plans-là sont merveilleux, solaires, bacchiques disons, et annoncent déjà l'érotisme de Tabou. En plus, Murnau y montre un humour absent de ses autres œuvres (pas vu encore Tartuffe, dont j'attends beaucoup), avec cette rigolote relation entre Méphisto et une vieille mégère toute en œillades. Il abandonne pour un temps le côté très sombre de son histoire pour s'arrêter sur des jeux innocents et bucoliques très agréables à regarder. Porté par un Emil Jannings en sur-forme (et costumé au petit poil, sorte de clone de Keanu Reeves période Matrix, référence qu'on retrouve curieusement dans le duel entre Faust et le frère de Gretchen), le personnage de Méphisto est trouble et marrant à souhait dans ces scènes-là. Murnau semble d'ailleurs s'intéresser beaucoup plus à Méphisto qu'à Faust, effectivement un peu gavant dans ses poses de jeune premier blond (et lui costumé comme pour une fête chez la compagnie Créole).

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Bref, on va de scènes géniales en scènes géniales, malgré une propension gênante de Murnau pour le mysticisme le plus arriéré : c'est plus la lutte entre foi et chute qui l'intéresse que la fameuse réflexion métaphysique de Goethe. Du coup, le film est assez bien-pensant et lisse au niveau du fond. Mais tant pis : c'est un émerveillement esthétique, et c'est déjà énorme. (Gols - 25/11/07)


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Difficile en effet de ne pas être fasciné par cette merveille, toute la première partie avec cette rencontre dans les Cieux entre le Diable et l'Archange ayant personnellement ma préférence, chaque plan étant en soi une trouvaille visuelle. Je ne cache point non plus une certaine faiblesse pour toutes ces magnifiques petites maquettes - la toute première envolée de Méphisto et de Faust étant un éblouissement de chaque seconde : de cette cascade dans la vallée au palais de la duchesse (de Parme et non de Padoue, juste histoire de titiller le Gols), c'est un véritable feu d'artifice où chaque détail sidère. Murnau use et abuse, pour notre plus grand plaisir, des transparences mais en apportant toujours une petite variation qui fait son effet, que Faust et Méphisto s'engouffrent par une minuscule fenêtre au fond du décor ou que le visage de la pauvre Gretchen, appelant Faust à la rescousse, domine soudainement tout un paysage. Même sentiment d'hallucination à la découverte de toutes ces créatures animales inquiétantes, des chevaux sauvages fougueux de l'ouverture à ces inquiétants oiseaux préhistoriques qui envahissent le ciel en passant bien sûr par ces incroyables éléphants tout en mastic et en Carambar animés parfaitement crédibles. Il y a de la magie cinématographique à chaque séquence et ce Faust de Murnau demeure plus que jamais, 85 ans plus tard, la référence du genre.

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Mon camarade évoquait une certaine sensualité et j'acquiesce, qu'il s'agisse de cette nymphe que Méphisto fait apparaître lorsqu'un Faust rajeuni prend vie (de quoi lui donner immédiatement un ptit coup de bambou), de cette duchesse de Parme qui s'offre en un clin d’œil ou de la blondinette Gretchen et ses nattes de deux mètres qui malgré son air de ne pas vouloir y toucher ne tarde point à folâtrer avec un Faust qui n'a point mis longtemps à oublier ce pacte diabolique. Mais là encore comme l'évoquait Gols, Murnau semble préférer zapper pour un temps ces jeux innocents entre les deux jeunes amants pour nous livrer une petite séquence beaucoup plus explicite entre Méphisto et cette tante Marthe méchamment coquine. Il faut la voir boire le breuvage conçu par Méphisto (une recette de... Padoue, me semble-t-il, histoire d'enfoncer le clou) : si elle ne jouit point littéralement sur place, faut m'expliquer pourquoi elle fait de telles grimaces... Murnau se concentre ensuite sur la pauvre Gretchen abandonnée de tous. C'est vrai qu'au niveau des conditions climatiques, on est dans l'extrême : la chtite trimballe son bébé sous un vent à décorner le Diable. Peu de présomption d'innocence quand on la retrouve avec sa progéniture morte à ses genoux (ça peut arriver, bien fatiguée, de confondre un petit tas de neige avec un landau) et la voilà conduite derechef au bûcher.

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Il est vrai que la fin est un peu vite expédiée, voire, osons, un peu cucul avec ces deux amants qui s'élèvent dans leur petite bulle au paradis, tout cela pour nous dire que l'amour est salvateur... C'est un peu court. Le Diable est vert, et on le comprend après tout le mal qu'il s'est donné (se taper Marthe, fallait être motivé et avoir un sacré sens du sacrifice...) : se retrouver aussi facilement biaisé, il y a de quoi fulminer. Un film que l'on peut en tout cas revoir tant et plus - ma dernière vision remontait à à peine six ans - tant il se révèle bluffant esthétiquement, histoire de conclure de concert avec mon co-blogueur. (Shang - 23/05/11)

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