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Voilà un film qui tient presque plus de l’œuvre au noir que du film noir... Po vraiment de place pour un coin de ciel dans la photo magnifique de l'incontournable John Alton (au mieux, de la brumasse) à tel point que même les fondus (au noir) ont parfois du mal à être perceptibles... Grande classe que cet affrontement entre Cornel Wilde, en flic droit dans ses bottes et jusqu’au-boutiste (Mr Diamond, ça ne s'invente pas, aussi brut), et cette enflure de Richard Conte (Mr Brown, bis : le seul gars qui ose te mettre une baffe à un boxeur et se plaint quand ce dernier ne lui rend point : tu n'as pas la haine en toi, t'es qu'un loser, va te trouver un autre manager), toujours parfait en chef des truands, un affrontement émaillé d'éclats de violence (de la torture imaginative à la Jack Bauer aux massacres à la mitraillette ou à la bonne vieille bombe artisanale - et un duo de tueurs, Fante (Lee van Cleef) et Mingo (Earl Holliman), qui vaut son pesant de cacahuètes). Lewis n'en oublie point pour autant les éternelles femmes fatales - guère à la fête vu ce qu'elles subissent - de la blonde, bien sûr, (classieuse et touchante Jean Wallace as Susan), de la brune, forcément, (Helene Stanton as Rita, toute en jambes) et de la sacrifiée - l'ex de Brown (Helen Walker) traumatisée à vie par son homme. Comme la musique jazzy pêchue de David Raskin est là dans les moments chauds, il y a tout pour faire de The big Combo une des vraies références du genre, le final casablanquesque sur un tarmac embrumé apportant qui plus est la petite touche fatale...

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Cela fait des plombes que Diamond dépense l'argent du contribuable pour coincer ce big boss de la pègre mais rien ne peut l'ébranler dans cette quête. Il ne cache point une certaine faiblesse pour la régulière de ce Brown et la sauver de cet enfer dont elle ne peut s'extraire apparaît comme la chtite motivation supplémentaire pour le faire tomber. Le gros problème, c'est : comment coincer ce filou qui fait toutes ses transactions en cash et se dépatouille pour toujours avoir des hommes de main pour faire le sale boulot ? Au bout de six mois d'enquête, la piste est maigre, seuls deux noms mystérieux ("Alicia" et "Bettini") lâchés par Susan et Brown semblant pouvoir aiguiller la quête de Diamond. Une première partie en forme de jeux de piste, donc, qui va mener Diamond sur les traces de l'ex femme de Brown via un vieux rital parano rangé des voitures et un Suédois rangé dans son magasin d'antiquités.

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Plus notre lieutenant fourre son nez dans les affaires du truand, plus il est appelé à subir : c'est d'abord lui qui morfle lors d'une séance de torture "raffinée" orchestrée par ce bourreau de Brown (tu prends le sonotone de Jaques Chirac, tu le coinces dans l'oreille de ton ennemi et tu fais péter un solo de batterie de Jeff Porcaro - normalement, tu as le cerveau qui se barre en courant par l'autre oreille) puis sa chtite copine, la Rita, qui l'accompagne parfois la nuit pour lui faire oublier sa Belle de jour : elle se prend à sa place une méga rafale de mitraillette dans le buffet alors qu'elle l'attendait dans ses appartements. Mais Diamond est taillé dans un roc et rien ne peut lui faire démordre de sa mission... Plus le piège se referme sur Brown, plus ce dernier devient nerveux : certains se contenteraient de fumer une clope, lui son truc c'est de dézinguer toutes personnes dans son entourage qui pourrait le trahir. Et ça charcle.

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Lewis montre qu'il n'est pas un manchot pour te fagoter une chtite scène d'anthologie dans le genre, pour preuve l'exécution "muette" de l'associé de Brown à qui il vient justement d'enlever le sonotone : quelques éclairs de feu à bout de mitraillette dans la nuit, le tout en silence, on applaudit les bras ballants - ce qui reste certes une gageure en soi. Le film se déroule dans une atmosphère à l'encre de Chine, une encre qui tend de plus en plus à s'étendre à chaque recoin de l'image. Fante et Mingo partent à leur tour en fumée et il ne reste plus sur "la scène du Crime" que ce Brown qui tente une ultime échappée belle avec une Susan affolée. C'est cette dernière qui donnera un fatal coup de projecteur - joli, le coup du spotlight - sur un Comte fait comme un rat (on pourrait y voir un jeu de mot, oui) avant que Diamond, vengeur de l'ombre, le lasérise de son gun. Une fin d'une sobriété époustouflante avec ces deux silhouettes déshumanisées (a joué et perdu gros, tout du long, notre couple phare) qui s'évanouissent dans la brume. Lewis fait son entrée dans les colonnes de Shangols (je n'avais vu de lui auparavant que l'excellent Gun Crazy) on ne devrait point tarder à le recroiser dans ces pages, même si cette œuvre semble bien être son summum.

vlcsnap_2011_05_17_19h39m27s70vlcsnap_2011_05_17_19h39m49s23

Noir c'est noir, c'est toujours