couv__oliviers_du_negusLe bon Gaudé, à mon avis, est meilleur dans la forme courte que dans le roman, et il le prouve avec ce petit recueil de quatre textes, certes inégaux mais qui sont en tout cas bien plus intéressants que le raté Ouragan paru l’an dernier. Ca commence plutôt mal pourtant, avec ce premier texte (« Les Oliviers du Négus ») qui condense un peu tous les défauts de l’écriture du gars quand il se laisse aller à rester dans ses pantoufles : lyrisme appuyé, mythification du moindre brin d’herbe ou du moindre personnage, sérieux papal, ajoutés à une façon un peu roublarde de revenir en terrain connu pour tenter de se reconquérir le public (c’est le même décor italien que pour Le Soleil des Scorta), on n’adhère pas du tout à ce style lourd, qui sort la grosse fanfare alors qu’une petite mélodie aurait suffi.

 

Le deuxième texte, « Le Bâtard du bout du monde » renoue, lui, avec la veine Mort du roi Tsongor, et là aussi peine un peu à trouver l’équilibre entre mythologie exacerbée et narration façon conte. L’histoire est vraiment pas mal, cela dit, une sorte de voyage halluciné d’un mourant dans les marécages de la civilisation, ce qui rattrape le coup au final. On a encore une fois l’impression que Gaudé a branché sa nouvelle sur du 800000 volts alors qu’une pile 16 watts aurait suffi (mes images sont puissantes, ce matin), mais c’est un peu mieux. Le sommet du livre est dans le troisième texte, « Je finirai à terre », splendide atmosphère gothique plantée au sein de la guerre de 14 (veine Cris, donc, meilleur roman de Gaudé à ce jour) : beaucoup aimé cette ambiance de terreur, très bien amenée par une utilisation précise du suspense, du dévoilement progressif de l’intrigue. On se croirait presque parfois chez Maupassant, dans cette façon de vous effrayer lentement, en prenant le temps de faire monter la sauce, puis en vous balançant subitement la phrase-choc, celle qui vous fait bondir. Ce n’est pas la seule qualité de cette nouvelle, qui comporte également un grand moment de bravoure comme Gaudé sait les réussir parfois : la guerre dans son entier décrite par ses effets sur la terre, sur les champs laissés à l’abandon par les paysans, passage purement descriptif mais qui raconte on ne peut mieux le chaos et la terreur. Un très grand texte, qui donne l’occasion à Gaudé de ranger un peu l’argenterie pour revenir à la simple joie de raconter.

 

Le dernier texte, « Tombeau pour Palerme », plus contemporain dans son contexte, est lui aussi assez intrigant : c’est le monologue d’un avocat anti-mafia dans la Sicile d’aujourd’hui, qui va mourir assassiné. L’originalité de la chose réside donc dans le fait que c’est un mort qui parle, et Gaudé arrive parfaitement à rendre l’aspect inéluctable de ce destin, l’abattement qui s’empare du personnage, l’amertume de ce combat perdu d’avance, et surtout le moment-climax où les corps sont pulvérisés. On quitte ce recueil mi-figue mi-raisin, mais deux textes sur quatre sont réussis, et on préfère rester sur l’impression du verre à moitié plein.