"I told you she was different."

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Toujours eu le sentiment que Richard Widmark était le roi des enculés. Dans ce film, il le prouve une bonne fois pour toute. Un film de Negulesco qui, je dois le dire haut et fort, m'a ravi au plus haut point. C'est le genre de claque qu'assène de temps en temps ce genre de film, ou ces films de genre, dont on aurait presque du mal à se remettre. Le cinéma paraît dans ces moments-là une chose terriblement simple à la portée de tous - c'est d'ailleurs ce que pensait Lelouch, mal lui en a pris. Parce que franchement, qu'est-ce qui nous a coupé deux pattes dans Road House : la présence de la fatalissime Ida Lupino dont les chansons tabacolisées font merveille ? Toute cette première partie ultra low-key (jamais compris ce que voulait dire cette expression mais je trouve qu'ici elle sonne plutôt bien...) où les quatre personnages principaux (Lupino, Widmark, l'excellent Cornel Wilde et la girl next door Celeste Holm) se tournent les uns autour des autres et se balancent des mini-vannes qui font, à chaque fois, mouche - les réparties dans ce film, surtout celles pinçantes de l'Ida ne sont que du bonheur ? Cette bien belle amourette qui se noue entre deux personnages qui s'entendaient comme chien et chat ? Ce personnage de Widmark qui va jusqu'au bout de sa jalousie et de sa folie ? Il n'y a peut-être là-dedans rien d'exceptionnel en soi, mais le plus fort, c'est que cela fonctionne magnifiquement sur quatre-vingt-dix minutes, comme si le film possédait cette sorte d'état de grâce finalement si rare...

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Un chanteuse débarque de Chicago dans un petit bled. Il s'agit de notre ami Ida qui fume clope sur clope (sans vouloir chercher à dévoiler le mystère du titre français) et qui bat froid tous les hommes qu'elle croise. Il y a d'abord le patron des lieux, Widmark et son sourire d'anguille, qui pense avoir mis la main sur la perle rare - non seulement pour son charisme et son charme en tant qu'entertaineuse (je vérifie quand même si le mot existe, dans le doute... Argh, Elle magazine l'a déjà utilisé, je suis trop hype dis donc) mais aussi, tout simplement, en tant que femme (on voit bien que Widmark n'est vraiment pas son genre et qu'il n'a ab-so-lu-ment no chance... mais aussi qu'il n'est pas du genre à abandonner si facilement (un peu comme moi en Première en fait quand je me suis accroché à cette Lydia, voyez ? - en pure perte, ouais)). Il y a ensuite son pote, le frustre Cornel Wilde, genre le gars sérieux (il s'occupe de la caisse) qui va toujours chercher à protéger son ami d'enfance. Sa première décision, c'est d'ailleurs de tenter de renvoyer Ida d'où elle vient - il sent bien que, sinon, cela va être rapidement l'embrouille... Mais l'Ida n'est pas le genre de meuf qui se laisse commander et elle s'accroche : sa première prestation en public (sublime voix fragile avec un trait de fumée à la fin de chaque vers) scotche littéralement tout le monde ; Cornel admet qu'elle a du talent mais continue à la prendre de haut. La chtite n'a pas la langue de sa poche et ne fait pas vraiment d'effort pour sembler se rapprocher de cet homme méfiant ; on change tout de même rapidement d'avis quand on voit la tenue d'Ida pour jouer au bowling ou pour aller se baigner avec le Cornel - si jusque-là ce dernier avait gardé ses distances, il commence à comprendre que l'Ida c'est de la dynamite féminine en barre. Une histoire en vue ? Bien possible, mais po sûr que cela plaise au Richard, nan, po sûr...

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Si on passe son temps à ricaner dans son coin devant chaque petite vacherie qu'un personnage balance (la palme revenant sans doute aux deux femmes, Ida et Celeste, qui a chaque fois qu'elle se croise - de leur rencontre à la sortie au bord du lac - s'en donnent à coeur joie), on n'en est pas moins sous le charme de ce petit bout de femme qui déchire. L'Ida ne paye pas de mine - passant sa vie, semble-t-il, à tuer le temps en faisant des réussites et en grillant des cigarettes - mais dès qu'elle a décidé d'y mettre un peu "du sien", c'est une tornade ; l'un des grands moments du film à mes yeux est cette première leçon de bowling où Ida et Cornel se jaugent, "se cherchent", se titillent tout en restant chacun enfermé dans son propre personnage. A l'image de cette séquence, Negulesco donne le temps à chacune d'entre elles d'exister, les étirant semble-t-il au maximum avant qu'un fondu vienne sobrement les interrompre... Ida et Cornel ont chacun leur fierté et il faudra que nos deux ennemis soient quelque peu "chahutés" - une montagne vient tout péter dans le bar - pour qu'ils laissent enfin tomber leur barrière. On est au deux-tiers du film, la chtite romance est bien en place, but Richard Widmark is back from a short trip : on va attaquer le côté noir.

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Widmark va mettre en place un plan d'enfoiré parfait pour piéger nos deux petites sourires in love. Seulement, il semblerait bien qu'il veuille pousser le bouchon un peu loin pour tenter d'avoir le contrôle de la situation... On a droit à notre magnifique final avec "course-poursuite nocturne en forêt dans la brume" (on frissonnerait presque autant que dans The Night of the Hunter, toute proportion gardée) et notre petit cœur de battre pour que nos héros parviennent à s'en sortir sains et saufs tout en souhaitant que le Richard soit bouffé vivant par un castor (on voit pas d'autres supplices dignes). Belle petite mécanique aux dialogues impeccablement ciselés, de la romance, de l'humour finaud, de la revanche dans l'air, des acteurs aux petits oignons, nan sincèrement comblé. 

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Noir c'est noir, c'est