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Déception assez nette face à ce Boetticher-Scott-movie qui ne retrouve jamais la saveur des grands westerns passés (ou à venir, d’ailleurs) du duo. La faute à beaucoup de facteurs absents qui font toute la sève ordinaire de Boetticher : personnages secondaires fades, scénario sans intérêt, et pas même une petite pointe de plan décadré dont le gars a le secret quand il s’agit de prouver qu’il sait être autre chose qu’un simple fabricant de divertissement. Pas qu’on s’ennuie non plus complètement, non, mais il manque à Westbound une sérieuse dose de glamour pour vraiment captiver.

 

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Scott interprète, tiens donc, un cow-boy solitaire et poli. Cette fois, il est chargé de réaliser un parcours pour acheminer en diligence de l’or à travers le pays. Le souci, c’est qu’on est en pleine guerre de Sécession, et que les Sudistes vont se dresser contre ce Nordiste qui se pique de ravitailler son camp en richesses. Il est fort heureusement épaulé par un gentil cow-boy manchot et par sa bombasse à caractère (Virginia Mayo, déjà vue chez Boetticher, et qui fait décidément très bien les bombasses à caractère), et n’aura à faire qu’à des méchants très épais et pas fute-fute. Bon. On sent bien que le réalisateur aimerait bien réaliser un peu plus que ça, chargeant son héros d’un passé sentimental douloureux, faisant apparaître en filigrane une rivalité amoureuse, flirtant une nouvelle fois avec les archétypes de la virilité (le manchot clairement impuissant, qui tente de combler son vide « physique » par tout un attirail de mec qui en a, domptage de cheval fou, maniement de la gâchette avec une seule main, etc). Mais il a bien du mal, cette fois, à trouver cet équilibre magique entre western de base et psychologie, entre finesse et grosses bagarres de gars burnés. Pour tout dire, il ne se passe pas grand-chose là-dedans, à part quelques moments mollement dotés en suspense (une gifle de Mayo contre un mec dix fois plus carré qu’elle) et un final qui tient ses promesses. L’essentiel du film reste inintéressant, on ne comprend même plus tellement les enjeux de la mission de Scott au fur et à mesure, et on se contente d’enquiller quelques fades fusillades avec des scènes de provocation même pas dangereuses. Comme je le disais, els deux méchants du film ne sont pas assez fouillés : d’un côté, un de ces politiques despotes qui tiennent la ville d’une main de fer, personnage assez fréquent chez Budd, mais ici joué un peu en retrait par Andrew Duggan, qui n’a pas les épaules (et ça peut être un avantage, j’y reviens) ; de l’autre son bras droit, censé être une brute sanguinaire et affreuse, mais qui ne fait même pas peur, même quand il tue sans scrupule une petite fille dans une diligence : son costume sombre et ses gants noirs sont les seuls indices réels de sa dangerosité, son jeu quant à lui restant caricatural et à deux doigts du comique. Quant à Scott, qui n’a jamais été l’acteur du siècle, il est ici de plus en pus embaumé, et livre une composition empruntée, factice (regardez-le quand il se retourne, comme tout est calculé pour montrer le bon profil).

 

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Reste que le méchant principal, avec son sentimentalisme de bébé, amène la seule piste intéressante du film, celle qui surgit à la toute fin, celle du cocu frustré qui a préféré balancer aux orties toutes ses convictions plutôt que d’affronter le désamour de sa femme. C’est un de ces personnages tout en faiblesse qu’aime à développer Boetticher, un « faux viril » qui devient attachant par ses faiblesses et sa douleur. Très marrant de voir, par exemple, que le final se réduit à un combat de méchants « entre eux », Scott contemplant le carnage sans presque rien faire. Duggan, avec son petit jeu enfantin, parvient in extremis à toucher et apparaît finalement comme le vrai gentil du film, celui qui se rend compte de ses erreurs et résout l’intrigue de lui-même. Heureusement qu’il y a ce dernier quart d’heure, car sinon Westbound aurait eu droit à l’appellation sans appel de « transparent ».