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Voilà presque deux jours que j'ai vu ce film et que je me tâte pour écrire quelque chose... On est dans le premier film ÂPRE, le genre de truc à fleur de peau, ou si on veut avoir l'air plus intelligent à la "Pialat". Que dire vraiment de plus ?... C'est un peu là mon problème, en fait... Il faut reconnaît à Rebecca Z. un certain courage - et en passant, ça fait toujours plaisir, un certain talent - pour livrer une œuvre sans concession, brute, frontale (cela évite les frais de maquillage et de coiffure...) qui pendant quatre-vingt-minutes va s'attacher aux basques d'une héroïne quasi mutique... La pauvre chtite (la fiévreuse Léa Seydoux que j'aime beaucoup, qu'elle n'hésite point à m'écrire pour dire que c'est réciproque (oui, bon, chacun ses illusions...)) a seize ans, est en deuil (sa mère vient de mourir) et semble avoir quelque mal à vouloir accepter cet événement tragique ; un père aux abonnés absents, une grande soeur qui déserte l'appartement pour ne pas être rongée par la douleur, notre Léa se retrouve totalement livrée à elle-même. Plutôt que de vouloir voir la réalité en face, notre amie Léa - qui n'est point d'ailleurs sans faire penser à la jeune héroïne de Dans la Foule, Tana, dans lequel je suis actuellement plongé- va se jeter à corps et à cœur perdus dans sa nouvelle existence (se perdre pour mieux se retrouver comme dirait l'autre...) ; fréquentant une bande de trompe-la-mort (des motards de Rungis qui roulent comme des dingues : typiquement ma tasse de thé...), notre Léa semble prête à tout non seulement pour flirter avec le danger mais également pour se "donner" et "devenir" femme - bien que la Léa ait un corps de rêve, n'attendez point un quelconque érotisme : même l'acte d'amour chez Rebecca Z. prend des teintes glauques. Plus qu'une simple crise d'adolescence, on sent au sein de notre héroïne (indubitablement dans le déni) un profond désir de mutation, de changement radical, quitte à foncer dans la nuit les yeux fermés comme un pauvre papillon nocturne... jusqu'à ce qu'elle se cogne bêtement contre un phare et revienne les pieds sur terre...

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A l'image de l'histoire juive de David et Abigail qui nous est contée dans le film, Léa semble vivre quelques "journées terribles", une période charnière quelque peu auto-destructive durant laquelle elle a bien du mal à faire réellement attention aux autres : elle pénètre d'elle-même dans ce tunnel guère glamour (qui dit motard dit vitesse mais po forcément tendresse...) semblant prendre une sorte de malin plaisir à s'offrir au premier venu... Il lui faudra subir un nouvel événement tragique pour qu'elle interrompe cette fuite en avant qui risquait de la mener droit dans le mur et se remette "à l'écoute du monde" - un final quelque peu démonstratif, faut l'avouer, mais qui n'en constitue pas moins une véritable bouffée d'air après un tel voyage en apnée. Un film dont il faut reconnaître l'aspect "jusqu'au-boutiste", ardu pour ne pas dire rêche, et dont il se dégage comme une véritable "fièvre de filmer" - ce n'est pas si courant vu les trop nombreux produits français formatés et c'est donc forcément louable. D'un autre côté (rah, sans réserve je ne serais plus moi-même...), il est vrai que l'on sent comme une petite pointe de "complaisance" dans ce récit "brutal" vidé de tout humour ou de tout sentimentalisme - un peu le revers de la médaille, si vous voulez, d'où mon sentiment final quelque peu mitigé... Mais bon, ne soyons point trop dur, selon la formule, vis-à-vis d'une première oeuvre, en attendant etc etc...   (Shang - 07/05/11)

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Bon, j'arrive longtemps après la bataille, mais je ne découvre qu'aujourd'hui le cinéma de Zlotowski, et le moins qu'on puisse dire est que j'aurais pu facilement m'en passer une dizaine d'années encore. Loin de la quasi-satisfaction de mon camarade, je clamerai haut et fort mon ras-la-paquerette de ce cinéma Françâîîîîs de qualité devenu aussi clicheteux qu'une pub pour L'Oréal. Il y a dans ce film tous les autres films français depuis Pialat, sans aucune idée en plus, et avec pas mal en moins : chronique sociale bien entendu misérable (Rungis et ses bikers, comme ça aurait pu être ses garçons bouchers, ses pompistes ou ses champions de karaoké), adolescentes bien entendu en errance psychologique et familiale, musique bien entendu new wave, son bien entendu inaudible et pluie battante bien entendu. Comme la belle sait qu'on a déjà vu ce film 17 fois rien que le mois dernier, elle se permet des ellipses vertigineuses, des non-dits hyper-profonds (qui cachent à mon avis un manque complet de choses à raconter) qui plongent le film dans un mystère soulant : on ne comprend rien, on ne sait pas du tout ce qu'on a envie de nous dire, et on reste face à un film complètement vide et vain. Ambition ? Laissez-moi rire, je vous en ponds quand je veux, moi, des films qui "préfèrent poser des questions que donner des réponses" comme on dit. Prétention, par contre, oui, et même insupportable : la reconstitution d'un tableau de Rembrandt (i'm'semble) avec des mobylettes est sûrement le sommet de la vanité de la chose : ça ne sert à rien, rien ne le justifie, mais ça fait rentrer la Grande Culture dans la petite comme le taureau dans la vache, on applaudit des deux mains. Bref on n'éprouve qu'une chose à la fin de la projection : baffer l'ensemble de l'équipe de ce film boursouflé de crânerie, et la renvoyer à ses études (en évitant la FEMIS, qui décidément nous pond toujours le même moule d'élèves gâtés).   (Gols - 26/09/13)