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Solide casting réuni autour de Victor Mature (le type qui a la tronche à avoir des emmerdes jusqu'au cou, le parfait faux-coupable) avec dans le rôle des deux sœurs blondes Jill Lynn et Vicky Lynn, la gaillarde Betty Grable et la paillarde Carole Landis et la présence de l'himalayesque Laird Cregar (The Lodger, Hangover Square...) dans le rôle du Commissaire qui écrase l'enquête de tout son poids ainsi que celle de l'avorton Elisha Cook Jr dont on ne sait jamais s'il va finir en chair à jiaozi dans un restaurant chinois ou en tueur illuminé. Une histoire classique et hitchcockienne du type accusé à tort : Mature a voulu prendre en main la carrière de la chtite Vicky Lynn alors qu'elle n'était que serveuse ; grâce à ses relations, celle-ci ne tarde point à percer et à se voir proposer, dans le dos de Victor, un contrat pour Hollywood. Lorsqu'il la retrouve chez elle, assassiné, tous les soupçons pèsent sur lui (de la jalousie, sur le plan professionnel, à la volonté de l'éliminer pour avoir le champ libre et se rapprocher de sa sœur) et notre homme aura bien du mal à se défaire de la silhouette gigantesque et omniprésente de Cregar bien décidé, dès le départ, à l'épingler... Quand le Victor se met à flirter ouvertement avec la chtite Jill, l'étau de la police se resserre autour de lui : s'il ne met pas rapidement la main sur le vrai coupable, il risque de devoir dire bientôt adieu à sa tête. 

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Un meurtre a été commis et les deux témoins principaux sont interrogés : Victor, de son côté, est solidement cuisiné par toute une tribu d'enquêteurs, Jill, du sien, tente de définir les relations que Victor et Vicky entretenaient - flash-backs qui s'enchaînent et une caméra qui se balade d'un témoin à l'autre traçant dès le départ, entre nos deux individus, un indéniable lien. Car si Victor a tout fait pour faire connaître Vicky (créature narcissique sachant jouer avec les hommes - beaucoup d'admirateurs... peu d'élus pour ne pas dire aucun...), il n'est pas dit que cette dernière l'attire plus que sa soeur... Il est en tête de liste des présumés coupables même si d'autres individus entretenaient des liens tout aussi troubles avec la victime : il y a ainsi ses deux fidèles potes (un acteur et un éditorialiste qui ont contribué au succès de Vicky dans le "show-biz") ou encore... le Commissaire himself qui semblait "surveiller de près", bien avant sa percée, cette bien jolie plante blonde. Pour l'heure il s'acharne sur le Victor (séquence cauchemardesque quand Mature se réveille en pleine nuit et trouve au pied de son lit, avachi dans un fauteuil, cette "goule" de Commissaire - et le dessin de cette panthère noire (prêt à sauter sur sa proie) juste au dessus de lui sur le mur de la chambre...). Celui-ci lui colle aux basques nuit-et-jour, persuadé que Mature finira par parler dans son sommeil. La pression se relâche un poil, parfois, quand les soupçons se tournent vers ses deux "associés", mais Mature finit tout de même par se retrouver les menottes aux poignets, le commissaire étant certain de tenir une preuve accablante contre lui. Il lui faudra l'aide de Jill (qui assomme la masse Cregar !) pour s'échapper et tenter de retrouver "en free lance" le véritable assassin...

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La réussite de ce film qui a fait "les beaux jours" du Cinéma de Minuit vient de ce casting aux petits oignons (hallucinant et impressionnant Cregar, l'homme rouleau-compresseur) et de cette belle alchimie qui se crée entre Mature et Grable... Beaucoup aimé ces séquences dans la seconde partie du film où nos deux jeunes gens se retrouvent ensemble, pour flirter (dansant joue contre joue et, plus original comme sortie nocturne, plongeant côte à côte dans le bassin d'une piscine) ou lorsque Victor est "en cavale" : Jill scie les menottes du Victor (une métaphore sexuelle ? Alors vraiment pour ceux qui voient le "mal" partout...) et nos deux tourtereaux de se donner rendez-vous dans des cinoches ouverts la nuit où ils sont "obligés" de s'embrasser dès lors qu'un gardien fait sa ronde... Si l'on tentait de définir les différences entre les deux soeurs, on pourrait évoquer le passage de la "glamourisation" superficielle (le succès de Vicky qui ne repose en fait sur po grand-chose) à la noirceur "sentimentale" (après le meurtre, des relations finalement beaucoup plus saines s'établissent entre Jill et Victor comparées à celles qui existaient entre ce dernier et son pygmalion); mais le film décrit également, à l'ombre de la beauté éclatante de Vicky, tout un petit monde de "fans", d'admirateurs, de "passionnés" qui vivent plus ou moins bien leur frustration. Si Victor (plus mature...) n'est point dupe de la coquille vide qu'est Vicky (et ce dès le départ), il n'en va pas de même pour les autres mâles de l'histoire qui fantasment terriblement sur elle... en pure perte... De la frustration extrême peut naître le crime, c'est un fait, encore faut-il remonter la bonne piste. Très bon polar noir signé Humberston (alors que le genre lui-même n'en est qu'à ses débuts), la seule véritable perle, apparemment, de sa carrière...

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Noir c'est noir, c'est