19671923

Le plus mystérieux dans le dernier film de Tsui Hark réside peut-être dans l'accueil critique triomphal qui lui est fait en France ("Virtuose", "Flamboyant", "Époustouflant", "Ébouriffant" (bien fait d'aller juste avant chez le coiffeur...)) alors qu'il ne s'agit que d'un film qui se complaît dans la surenchère d'effets numériques (toujours aussi laids à mes yeux, dénués d'une quelconque poésie) et au contenu étonnamment creux (de l'intrigue - à la recherche de la sale bestiole inflammable... - en passant par l'indigence des dialogues). On ne peut trouver dans ce Detective Dee qu'une resucée des derniers films d'aventures des ces dernières années, d'Indiana Jones (diantre ! : de la boule qui roule à l'usage du fouet par l'héroïne) aux films de Zhang Yimou - Hero, Les Poignards Volants - (des trucs qui volent justement dans tous les sens et que l'individu traqué évite soigneusement) en passant par Tigre et Dragon d'Ang Lee (un petit tour au sommet d'un forêt), Face/Off de John Woo (un petit coup de masque avec des effets de morphisme dignes d'un clip de Michael Jackson), et j'en passe... Ce qui "distinguerait" Tsui Hark serait son sens de l'humour impayable ? Ben là encore, désolé, mais on n'a pas dû voir le même film : en dehors de la séquence assez poilante du Prince qui montre son front du doigt en déclarant qu'il vaut mieux se servir de son intelligence que de la violence... juste avant de recevoir une flèche ça comme pile-poil à l'endroit pointé - la violence, ça le fait aussi quand même... -, nos personnages principaux se prennent diablement au sérieux tout au long de leur quête terriblement lassante. A l'image de l'immense statue de Bouddha côtoyant le palais, Tsui Hark tente de faire dans le gigantisme, dans le too much (on passe d'une séquence à l'autre en un clin d'oeil comme si on était pressés de passer à autre chose pour nous faire rapidement oublier ce qu'on venait de voir...) mais comme celle-ci, la statue, le contenu de son film est d'un vide sidéral : une intrigue politique ultra complexe ? Tu parles, en dehors de Dee qui "flaire" le bon coup en changeant de bord, le reste demeure ultra manichéen (les pro et les anti-impératrices) ; de la romance ? Deux pauvres scènes d'amour vite avortées et des dialogues lors de ces "pseudo-échanges amoureux" d'une platitude terrible. Des combats hallucinants ? Mouais des types qui volent et font des triples salto en l'air, mais rien de bien nouveau sous le soleil d'autant que dès que les mouvements aériens deviennent moins fluides (qu'on sort du tout numérique) on voit presque les câbles qui retiennent les acteurs... De nombreux personnages dans Detective Dee se consument de l'intérieur et ces effets spéciaux vraiment pompiers (on ne peut guère me contredire sur ce point) sont finalement un bon résumé de cette oeuvre - à force de vouloir bourrer au maximum son film d'effets tape-à-l'oeil (po beaucoup de magie dans ces décors, si je peux me permettre) - marchant ainsi d'ailleurs sur les traces de ses confrères chinois, Chen Kaige ou Zhang Yimou -, Tsui Hark en oublie l'essentiel : l'émotion, la poésie, la beauté, la finesse, l'originalité... Un film fantôme.

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