LandThe

Notre ami Robert décide de nous faire découvrir la Terre promise américaine qui a déjà sacrément morflé : la culture intensive du coton ou du tabac a épuisé les sols ; tu rajoutes par dessus l'érosion du vent et de la pluie et tu obtiens rapidement un terrain tout décharné - beau résultat (oublie toute idée de terrain de golf)... Certains endroits se retrouvent du coup totalement abandonnés (observons ce pauvre grand noir parmi les ruines de cette ancienne demeure, "tellement perdu qu'il ne remarque même pas notre présence avec notre grosse caméra" (prends-nous pour des jambons aussi Robert... Attention : "On doit parfois mentir pour atteindre la vérité" - je ne vais pas chercher cette citation bien loin puisque c'est inscrit au dos de la jaquette, je cite la phrase uniquement pour faire bisquer l'ami Gols) et plus d'un million de pauvres gens se retrouvent à errer sur les routes... Direction toujours plus à l'ouest où là ça ne chôme po : des travailleurs dans le feu de l'action dont la plupart sont des Mexicains et Philippins, les plus durs au travail (Flaherty 1 - Guéant 0)... Mais bientôt, oh mon Dieu que vois-je arriver au loin, mais oui, il s'agit bien d'une invasion de moissonneuses-batteuses, en un mot comme en cent comme le dit la voix-off avec un trémolo : des machiiiines !!!! Eh oui, nous voilà à l'ère du tout mécanique (pour ramasser le coton ou les carottes...) qui risque de mettre sur le carreau un bon paquet de travailleurs ; mais ce n'est po grave (ah bon) parce que ces moyens modernes pour labourer ou récolter vont permettre de produire des quantités énooooormes et il y a aura dorénavant, partout, toujours du blé ou de l'orge en réserve (cela n'empêche point que ceux qui bossent pas..., tais-toi écoute-moi bon sang de bois !) : on stocke comme des malades, on exporte dans le monde ennnntier et on est même capables maintenant de réfléchir avant d'exploiter les sols (pour limiter l'érosion, vi) : ça nous permet d'ailleurs d'obtenir des paysages vus du ciel aussi joulis qu'une toile abstraite peinte par un alcoolique. Donc, je résume, on a vu pas mal de pauvres gens errants mais cette misère, tu me dis Robert, demain c'est fini ? Il n'y aura plus de ces regards inquiets à capter en plan fixe, plus que des regards dignes et confiants en l'avenir ? Ok. Flaherty se passionne pour son sujet (ptite pointe d'euphorie, pour ne pas dire plus, pour décrire ces groooosssses machines) et nous sert un élégant doc qui multiplie les légers et fluides panoramiques. S'emballe peut-être un peu au niveau du futur partage des richesses (plus personne demain ne va mourir de faim car l'Etat désormais veille sur les plus démunis, mouais) mais son optimisme sur les moyens modernes de production agricole fait malgré tout plaisir à voir - à l'aube d'une nouvelle guerre...

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