vlcsnap_2011_04_15_14h17m35s27Magnifique film, qui vous épargnera bien du tourment si vous n’avez pas envie de vous taper l’intégrale de l’œuvre de Garrel, parfois assez chiante il est vrai : celui-ci condense en effet en quelques 20 minutes toute l’œuvre du gars, que ce soit au niveau de la trame qu’au niveau du style. C’est la veine hyper-sensible de Garrel, mais de celle qu’il sait transmettre, qu’il ne garde pas pour lui dans ces façons un peu autistes qu’il a trop souvent : ici, on est vraiment touché par cette histoire et par cette manière de transmettre un état, une souffrance. Hyper-ramassée, la trame du film passe par tous les états du couple. Sur les pas de l’immense Jean-Pierre Léaud, on assiste donc à : la prostration dépressive d’un homme abandonné, sa théorie sur les femmes, sa rencontre avec une nana (Christine Boisson, très juste), leur passion, les soucis du passé qui les rattrapent, la mort de la donzelle, puis son retour sous forme de spectre. Pas moins. On le voit, il y a là tout Garrel, depuis le portrait de femme rêveuse (Les hautes Solitudes) jusqu’à l’obsession de la mort (Sauvage Innocence), depuis la maladresse tourmentée de l’âme masculine (Les Baisers de secours) jusqu’aux fantômes qui ne cessent de ressurgir pour réveiller la nostalgie et la douleur (La Frontière de l’Aube). Avec en plus, ici, cette façon très pure de raconter, qui ne s’embarrasse (presque) pas de toute vlcsnap_2011_04_15_14h25m09s208cette lenteur qui confine au poussif dans laquelle Garrel tombe trop souvent. On est un peu agacé, certes, par ces plans sur une Christine Boisson fatale et inaccessible rêvant à sa fenêtre, d’un romantisme exagéré et suranné ; mais ce qui frappe, c’est la rapidité d’exécution, par ailleurs totalement privé de précipitation. Garrel sait quand ralentir et quand accélérer : adoré, surtout, ce long monologue en plan-séquence et fixe sur Léaud, évident hommage à Eustache (cité avec finesse et par l’acteur et par Garrel lui-même, qui joue son copain), où on retrouve le comédien unique et barré qu’il sait être, dans ce mélange de maîtrise et de folie. Mais beaucoup aimé aussi cette façon de résumer toute une histoire d’amour en un ou deux plans, pas plus, qui suffisent à en rendre à la fois la beauté et l’impossibilité de la transmettre.

 

vlcsnap_2011_04_15_14h21m54s50Le grain crasseux de l’image (qui s’encrasse d’ailleurs de plus en plus au fur et à mesure du film, comme si la pellicule elle-même était rongée par la disparition) ajoute à cette espèce de fièvre d’écorché vif qui jaillit du film : il est « malaisé » à regarder, sombre, sale, « amateur » (faussement bien sûr). L’ombre de Nico, comme toujours plâne là-dessus, mais aussi l’ombre prégnante de la Mort elle-même, convoquée par Eustache, par cette mélancolie constante, et même (nouveauté, là, chez Garrel) par une certaine forme d’humour (toujours dans ce fameux monologue), un humour, je vous rassure tout de suite, glacial et vite évacué. Vraiment un splendide moment, bouleversant et fulgurant.

Garrel soûle ou envoûte ici