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Sur les conseils avisés d'un de nos lecteurs, suite à ma chronique sur The Dark Mirror, je me suis donc penché sur cette œuvre de Litvak où l'on retrouve une Olivia de Havilland fortement perturbée psychologiquement. Merci pour le tuyau, tant il est vrai que notre Olivia trouve ici le moyen de montrer, avec une réelle subtilité, toute l'étendue de sa palette d'actrice. Peu de temps après son mariage, la chtite Virginia (Olivia), qui avait déjà montré par le passé quelques signes d'instabilité sentimentale, fait un gros craquage (j'aurais fait pareil... ça va, je plaisante). Elle est internée dans un asile pour femmes et, vu les voix qu'elle entend - à côté Jeanne D'Arc, c'est de la comédie -, on se demande si la bougresse pourra un jour en sortir... Un jeune docteur va la prendre sous son aile et va tout faire pour parvenir à mettre le doigt sur les origines de son trauma. Un travail de longue haleine qui nécessite à la fois de faire certains choix, euh, violents (une bonne séance d'électrochocs pour remettre les idées en place, voilà un beau cadeau à offrir à Jean-François Coppé - sans parti pris), mais également de nombreuses discussions pour essayer de remonter le fil jusqu'à la source, voire jusqu'aux sources d'une telle fébrilité psychologique.

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L'ambiance de cet asile reste assez soft comparée à un Shock Corridor ou même à un Vol au dessus d'un Nid de Coucou, même si certaines cours (un conseil, si jamais vous allez séjourner là-bas, évitez la numéro 33) contiennent leur petit lot de grandes malades. Litvak se concentre plus sur les petits "dérèglements du cerveau" que sur les grands accès de violence déjantés et "spectaculaires", et c'est tout à son honneur. On suit ainsi souvent des discussions entre malades qui n'ont rien de forcément insensé au premier abord, sauf qu'elles tournent diablement en rond - la meilleure réplique étant de toute évidence celle de notre pauvre Olivia qui tente, tant et plus, d'y voir clair tout en constatant qu'elle s'emmêle méchamment les pinceaux dans sa "relation au temps" : "I don't remember so many things and I forget even what I remember"... Son mari est tout dépité quand il voit qu'elle ne le reconnaît même pas (d'autres auraient fait la fête - suis d'humeur caustique aujourd'hui) et il la confie aux bons soins du fameux Docteur "Kik" qui a carte blanche pour la secouer un peu - notre pauvre Olivia, lors de la première séance d'électrochocs, qui croit qu'on va l'exécuter alors qu'elle ne souvient même po de la faute qu'elle a commise - c'est déchirant et on a mal pour elle... Mais pour une fois - ben ouais, d'habitude ça foire toujours ces gentilles électrocutions -, cela va lui permettre de reprendre un tout petit pied avec la réalité ; elle ne va pas tarder à faire des confessions au Docteur Kik qui va progressivement l'aiguiller sur les raisons de son mal (sales sentiments inconscients de culpabilité...). Ce qui demeure particulièrement bien vu, c'est que Litvak tente d'échapper à tout discours simpliste - il n'y a pas une "clé" unique qui permet d'expliquer les troubles de l'esprit, mais véritablement tout un trousseau ; on suit le véritable parcours du combattant (la folie douce, les périodes terribles de doute, le retour à une certaine lucidité encore fragile, la sale rechute - salope d'infirmière, ça c'est fait...) de notre Olivia, pleine de bonne volonté  qui va littéralement aller jusqu'au "fond du trou" (cette terrible et impressionnante image (une plongée prise d'un satellite terrestre (...), bel exploit à l'époque) de cette fameuse "fosse aux serpents") avant d'espérer une quelconque rédemption ; "aide les autres, le ciel t'aidera", c'est un peu la morale de l'histoire, car c'est en partie (au delà des efforts du Dr Kik) grâce aux contacts avec les autres malades (cette étrange créature - entre l'étrangleuse sadique et la mante religieuse - qui semble sortir d'un film de Franju...) que notre Olivia va réussir peu à peu à faire le point sur elle-même... Elle passe donc par tous les états - de la jeune fille timide, lors des premiers rendez-vous avec son amoureux, à la véritable furie douce -, la magnifique Olivia parvenant surtout à traduire avec brio ces états "d'entre deux", lorsqu'elle flotte entre une certaine normalité et les petites (ou grandes) fêlures. Bien bon conseil ma foi, ami Sonic.

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