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L'amateur de film noir devrait trouver son bonheur dans ce film de Werker auquel Mann a apparemment grandement contribué. La vraie réussite tient à cette volonté de suivre les démarches de la police dans ses moindres détails, dans son côté le plus laborieux, le plus fastidieux (interrogatoires de suspects (fallait po traîner ce soir-là en ville avec une fine moustache), analyses en laboratoire des moindres éléments, établissement d'un portrait-robot, tournée sans fin dans les commissariats (au cas où le criminel viendrait de la "maison" vue sa connaissance des modes opératoires), auprès des livreurs de lait...) tout en illustrant le lot de frustration des inspecteurs - le côté "aiguille dans une botte de foin" - et, en parallèle, de suivre pas à pas le fameux criminel sans que jamais pour autant ses véritables intentions soient claires, évidentes... Un travail "en souterrain" de certains pour tenter de comprendre "l'esprit impénétrable et tortueux" de cet autre, deux aspects qui se retrouvent intelligemment illustrés dans la toute dernière partie du film, avec cette traque du tueur dans les égouts de Los Angeles - des séquences magnifiquement mises en image et éclairées par l'une des pointures du genre (John Alton), avec d'un côté la marche inexorable des flics dont le filet se resserre inexorablement sur le meurtrier (la lumière de leurs torches projetant une sorte d'écran de lumière dans les divers couloirs qui aboutissent à la salle du tueur, comme des murs qui avanceraient progressivement avant d'écraser sa proie), et de l'autre le rayon affolé de la lampe de notre homme traqué et paniqué, incapable de trouver une quelconque échappatoire). Malicieux jeu du chat et de la souris, entre de f(él)ins limiers du crime qui se doivent d'exploiter chaque piste et un malf-rat d'une rare intelligence qui semble avoir toujours un temps d'avance sur ses poursuivants.

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Richard Baseheart incarne avec talent cet ennemi public solitaire, fin technicien, et malin comme un singe. Solitaire (à l’exception d’un chien, seul compagnon qui monte la garde quand des flics soupçonneux rôdent ; aucune petite amie, à tel point qu’on finirait presque par sentir la tension sous-jacente d’une liaison homosexuelle un tantinet sado-maso avec l’homme auquel il livre son travail (des appareils électroniques qu’il traficote) et qu’il n’hésite point à « taper » quand il a besoin de cash, fermons la longue parenthèse), touchant sa bille techniquement (ancien opérateur radio qui a bossé dans la Marine – l’éternelle ombre de la guerre – et dans un commissariat), rusé comme pas deux quand il s’agit de disparaître dans le réseau souterrain de la ville (faut dire qu’un crocodile pourrait facilement passer, sans avoir à faire gaffe à sa queue, dans ces immenses bouches d’égout), il ne compte sur personne pour monter ses plans (braquage de magasins de liquoreux) ou pour extraire une balle de son corps – terrible séquence que celle où notre homme se charcute en esquissant tout juste quelques grimaces  pour soigner ses plaies.

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Il faudra toute la pugnacité d’un jeune loup de la police (qui veut, en partie, régler ses comptes avec ce mystérieux criminel  responsable de la mort d'un flic et de la paralysie partielle de son partenaire) pour remonter la piste. Les flics sont loin d’apparaître comme des héros infaillibles – non seulement ils patinent grave pour mener l'enquête mais en plus ils ne font guère le poids, en face à face, avec ce sinistre individu  – même si certains, avec l’énergie du désespoir, sont prêts à tout pour mettre fin à ses agissements (celui qui, dans la séquence d’ouverture, mortellement blessé, parvient à écraser sa bagnole sur celle du fuyard). D’une très belle tenue plastique dans les nombreuses scènes nocturnes notamment, bénéficiant d’un scénar solide (sans être éblouissant) et de personnages parfaitement campés (notamment le tueur), We walked by Night mérite amplement qu’on lui emboîte le pas.

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Noir c'est noir, c'est