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Ah voilà des films comme on n'en fait plus (allons, allons, par de jeanpierrepernautisation des esprits...), tout en émotion et en pudeur, à l'image de cette petite larme qui reste collée au coin de l’œil de notre jeune héros. C'est une histoire déchirante que nous propose Comencini (qui s'ouvre par la mort de la mère et se clôt par un accident tragique) mais dont l'aspect mélodramatique est loin de noyer et d'étouffer, sous des couches de pathos, sa petite musique interne précieuse : il est autant question de mettre en scène les quatre-cents-coups de deux bambins (bien sages, tout de même) que de montrer sous tous les angles les relations entre un père et son jeune fils aîné avec leurs moments de complicité, de connivence et... leurs incompréhensions. Si le père pense que le plus jeune de ses fils, Milo, risque de souffrir terriblement de la mort de sa mère, il a l'impression qu'Andrea, plus vieux, plus mature, est capable d'encaisser la nouvelle avec beaucoup plus de sang-froid ; cherchant constamment à veiller sur Milo, à le ménager (plus proche dans les traits de sa mère et donc... plus fragile), le père ne va point se rendre compte à quel point Andrea, sous ses allures d'enfant rieur parfois indiscipliné, est traumatisé par cette perte... tout comme lui-même.

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La plus belle séquence du film est sans doute celle où Andrea découvre les enregistrements de sa mère et colle son oreille au poste ; il reproduit finalement les mêmes gestes que son père qui se passe en boucle ces quelques échos survivants du passé. Ces instants de réconfort, de bonheur, de tristesse nostalgique sont immédiatement suivis d'un drame avec ce pauvre Andrea qui efface par inadvertance l'une des bandes... C'est un épisode des plus significatifs dans le film avec cette constante volonté chez Andrea de toujours bien faire (de s'occuper aussi bien de Milo que d'obéir et de faire plaisir à son père), mais qui se solde souvent par un malentendu, une boulette : nombreux sont les épisodes qui finissent par créer des tensions, souvent de façon involontaire, entre ce père, aveuglé lui-même par son propre malheur et sa volonté de protéger Milo, et ce fils plus dévoué qu'il n'y paraît ; Andrea fait la promesse à son père de ne pas parler à son frère de la mort de sa mère et lorsque Milo se met à évoquer de lui-même cette mort (mot qu'il a bien du mal à comprendre, d'ailleurs), le père tient Andrea pour responsable. Qu'Andrea che18460574rche à faire un petit cadeau à son père ou à lui faire plaisir en lavant sa voiture, à chaque fois il s'attire les foudres de celui-ci pour avoir "mis en danger", au passage, la santé de Milo. Il y a encore cette magnifique séquence dans le cimetière avec l'histoire des bleuets (apportés par Andrea, les fleurs préférées de sa mère) que son père va remplacer par des roses : celui-ci est loin d'imaginer que c'est son propre fils qui vient presque chaque jour dans ce cimetière pour saluer la mémoire de sa mère, Andrea se contentant de se balader dans le cimetière quand le père se rend sur la tombe de son aimée. Cela ne se joue jamais à grand-chose pour que les deux (surtout le père, en l’occurrence) finissent par comprendre qu'ils sont absolument sur la même longueur d'ondes, et comme bien souvent il faudra un événement tragique pour que le pater, littéralement effondré, ouvre enfin les yeux - on n'en mène pas plus large, faut dire, dans son fauteuil. Comencini alterne les moments plus légers et parfois drolatiques (les deux gouvernantes - la "Piqûre" et l'"espionne Nazi" - qui sont peu à la fête ; l'oncle Will plutôt du genre à mettre les pieds dans le plat, pour le pire (Milo finissant par traiter des étudiants africains de "cannibales") et le meilleur (la bonne humeur et la joie qu'il apporte aux deux gamins alors que le père a bien du mal à se décoincer)) avec des instants imprégnés de doute et d'amertume, lorsque père et fils ratent le coche : c'est le genre de film qui scie par sa justesse (superbe direction des gamins), saisit par l'émotion qui se dégage de certaines séquences (l'incontournable rédaction d'Andrea sur son père, son meilleur ami...) et dont on sort tout chose. Le meilleur film de Comencini ? - en tout cas le tout premier sur Shangols.