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Très grand film noir de Samuel Fuller, Underworld U.S.A est un plaisir pour les yeux (Hal Mohr à la photo est prodigieux) déroulant une sombre histoire de vengeance qui laisse littéralement à bout de souffle. On se retrouve happé dès le départ par les mésaventures de ce petit malfrat de quatorze ans qui va assister, impuissant, au passage à tabac de son père. Il n'aura de cesse de retrouver toute sa vie ces quatre ombres responsables de la mort de son truand de père, allant, tel un Michael Scolfield précoce, faire des séjours en prison pour retrouver la trace du chef de ce gang, Vic Farrar. Une fois le compte de celui-ci réglé, il ne lui restera plus qu'à affronter les trois gros pontes et mafieux locaux qui chapeautent le trafic de drogue, la prostitution et "l’organisation ouvrière".

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Tolly Devlin (Cliff Robertson avec ses faux airs de Jack Nicholson quand il se met en pétard) sait pertinemment que la vengeance est un plat qui se mange froid et qui nécessite une certaine élaboration. S'introduisant dans le milieu tout en collaborant, pour la peine, avec la police locale, il va méticuleusement préparer sa revanche et se faire un devoir d'abattre ces trois individus dans les règles de l'art - non point culinaire (ben nan) bien que cela s'avère parfois plutôt saignant. Une intrigue soigneusement élaborée qui ne nous perd jamais en route, des séquences d'action magistralement montées, un soupçon de romance qui peine à dire son nom mais qui génère de bien jolis dialogues, un cercle infernal de violence qui nous laisse exsangue : un Fuller qui pète le feu pour notre plus grand plaisir.

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Nombreuses sont les séquences qui impressionnent par la rigueur des plans et la maestria du montage (la confrontation entre Vic Farrar, à l'article de la mort, et Tolly dans l'hôpital de la prison ; Tolly pénètrant dans la remise de ce café où il va faire la connaissance - brutale - d'un tueur au service de l'organisation et de cette blonde, Cuddles (Dolores Dorn) qu'il va prendre sous son aile - ses premiers pas dans le milieu ; cette poursuite tragique entre la bagnole du tueur et le vélo d'une chtite fille ; le grand chef de la mafia locale, au bord de la piscine, face aux trois pontes qu'il remet soigneusement à leur place...), par la petite pointe d'ironie ou de causticité sous-jacente qui émaille certaines scènes (l'un des pontes brûlé dans sa bagnole alors qu'au premier plan le chef de la mafia demande à un sbire de lui donner du feu ; la déclaration d'amour de Cuddles à Tolly, sa volonté de se marier et d'avoir des enfants avec lui (avec la photo d'un bon gros poupon en arrière plan), bien jolie image d'Epinal dégoupillée immédiatement par le rire grinçant et méprisant de Tolly ; le final éblouissant et la présence sur un mur de cette affiche où il est demandé de "donner son sang"), ou encore par la beauté, tout simplement, des dialogues (Tolly se rémémorant certaines paroles de Cuddles qui finissent par toucher son ptit coeur : "Some women when they kiss blush. Some call the cops. Some swear, some bite, some laugh, some cry. Me... I die. Tolly I die inside when you kiss me." - une confession qui m'a laissé tout pantois.)

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Fuller a une façon bien particulière de dessiner certains plans avec cette caméra qui s'approche, l'air de rien, en un joli mouvement très fluide, du coeur de l'action. Et puis, on pourrait souligner aussi l'utilisation de ces magnifiques gros plans qui traquent chaque émotion dans cette galerie de personnages (la détermination absolue de Tolly, la douceur de Cuddles), chaque rictus diabolique dans ces tronches de malfrats... Une belle claque dans le fond et dans la forme qui ne peut laisser que transi d'admiration devant l'immense talent de l'incroyable oncle Sam.

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Noir c'est noir, c'est