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C'est l'ami Basti*n qui, via Le Masque et la Plume, m'a mis sur le coup de ce film ressorti hier en France et je ne peux que lui en être reconnaissant. L'histoire de ces gamins qui se retrouvent, malgré eux, sur un bateau de pirates pourrait faire penser, de prime abord, aux Enfants du Capitaine Grant (lointain souvenir personnel de jeunesse, puisqu'il s'agit de l'un des tout premiers films que j'ai vus au cinéma) : ce serait se mettre gravement le doigt dans l’œil que de faire l'amalgame ou de tenter une quelconque comparaison entre une pâle production Disney pour bambins et cette œuvre de Mackendrick où plane une étrange atmosphère morbide ; nos petites têtes blondes sont certes prêtes à faire les quatre-cents-coups sur ce bateau de pirates, au grand dam d'ailleurs de l'équipage (j'adore lorsqu'Anthony Quinn pète un plomb et lance un "It's a serious boat !!!!!" alors que les gamins font des glissades sur le pont) mais Mackendrick, loin de chercher à nous servir un gentil film d'aventures édulcoré, montre que dans la "vraie vie", l'ombre de la mort n'est jamais loin... et les gamins d'en faire la triste expérience ; là où le cinéaste marque également des points, c'est qu'il ne cherche jamais à jouer la carte du drame - facile de toucher le point sensible du spectateur avec la mort d'une ptite tête blonde ; ce qui l'intéresse, c'est de montrer toute l'insouciance de cet âge, de ces gamins capables d'encaisser la mort avec finalement beaucoup plus de "facilité" et de fatalisme que les adultes. Loin d'être de simples petites marionnettes attendrissantes, ils donnent au film une véritable profondeur (on y revient illico) et c'est sûrement là que réside avant tout la grande réussite de Mackendrick.

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Mrs Thornton est horrifiée de voir la réaction de sa progéniture qui, à peine quelques secondes après avoir vu un cadavre (un de leurs serviteurs a été écrasé par leur maison victime d'un violent cyclone), joue dans des flaques d'eau en chantant une chansonnette morbide. Pour elle, ils sont en train de devenir des "sauvages" et il est grand temps qu'ils rentrent en Angleterre pour faire leur éducation... Bizarrement, certes, aucun des deux parents ne monte à bord de ce navire en partance pour l'Angleterre... et, pas de bol, le bateau est à peine parti qu'il est attaqué par des pirates. Une fois que les pirates, menés par le Capitaine Anthony Quinn et son second James Coburn, ont mis la main sur le butin du navire, ils mettent les voiles ; quel n'est point leur étonnement de découvrir dans la cale les bambins qui, en s'amusant à passer d'un bateau à l'autre, s'y sont retrouvés enfermés. Quinn, sérieux comme un pape, ne pourra s'empêcher, sans vouloir jamais l'avouer, d'être "touché" peu à peu par ces gamins qui foutent pourtant un sacré bazar sur le navire - si cela finit par faire marrer Coburn, les autres membres de l'équipage ne tardent point, eux, à les considérer comme de dangereux "trouble-fête"...

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La mort est dès le départ présente sur ce navire avec la chute d'un singe, saoulé par les marins, d'un des cordages. Les gamins, choqués sur le coup, vont finalement vite zapper en concentrant leur attention sur autre chose, mais la chtite Emily (gamine débrouillarde et sensée) fera au passage une petite réflexion sur les marins qu'elle juge entièrement responsables de l'incident. Ce qu'il y a de particulièrement finaud dans ce film, c'est que même si les gamins (comme tout bon gamin) passent leur temps à vouloir jouer (la plus chtite des filles qui, après s'être fait envoyer paître par un pirate alors qu'elle jouait avec ses deux poupées de chiffon, déplore qu'il n'y ait décidément aucun endroit sur le navire pour s'amuser), ils jettent facilement le trouble dans les croyances et les superstitions de nos braves et rustres pirates : qu'ils miment un enterrement et c'est le Quinn qui s'emporte sur le fait qu'on ne se moque pas de la religion, qu'ils jouent "aux fantômes" avec la tête de la figure de proue et c'est tout l'équipage qui se croit maudit ; plus leurs jeux sont innocents et plus nos pirates semblent ébranlés dans leurs principes. Mais le cinéaste n'en oublie point pour autant les dangers auxquels les gamins, laissés sans réelles surveillances, peuvent être confrontés : la mort ou l'accident surviennent aux moments où on s'y attend le moins, mais semblent finalement plus "déstabiliser" nos pirates que nos bambins...

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Les deux séquences finales sont absolument fabuleuses, qu'il s'agisse du "debriefing" des gamins (l'écart terrible entre ce qu'imaginent les adultes sur les atrocités dont les enfants ont dû être victimes et le feed-back de la chtite, notamment, qui n'a retenu que les fois où elle s'est faite gronder) ou de la scène du procès où les personnes, qui jugent les pirates, interprètent, avec leurs lourds préjugés, les paroles de la gamine : décidément les adultes, empêtrés dans leurs certitudes, leur système de penser et leurs stéréotypes ne seront jamais capables de comprendre véritablement le monde de l'enfance... à croire qu'ils l'ont oublié à tout jamais... Belle réussite qui évite tous les écueils du genre - le film avec mignonnes têtes blondes - (le pathos, la facilité de tomber dans le croquignolet...) tout en restant une référence... du genre - le film de pirates - (le dépaysement, l'action, la violence...), l'ensemble étant traité de bout en bout avec une vraie sensibilité et intelligence.

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