vlcsnap_2011_04_03_19h57m28s34Premier long-métrage d'Etaix, et déjà cette douce poésie assez indéfinissable qui se dégage de ces petites vignettes de la vie quotidienne. C'est encore l'amour qui est le sujet principal de ce film, mais cette fois la recherche d'icelui : Etaix joue un fils de bonne famille trop occupé par sa passion pour les sciences pour avoir le temps de traquer la gorette ; mais le père veille au grain, et enjoint fiston de trouver l'amour : le film (ne) va raconter (que) ça, à travers une série de saynetes très drôles autour de la quête amoureuse. Même si le sujet est plus grave qu'il n'y paraît, et même si Etaix ne refuse pas le sérieux de temps en temps (quelques tableaux sont particulièrement déprimants, et on sent bien que le film est aussi un portrait de plusieurs solitudes qui se rencontrent), on reste du côté de la comédie, même douce-amère.

vlcsnap_2011_04_03_20h40m57s19Etaix manque encore de rythme, il faut reconnaître, et certaines idées s'écroulent un peu à force de longueur. Mais l'ensemble est savoureux, et la mise en scène fait déjà preuve d'une grande imagination. Beaucoup aimé, surtout, ces fantasmes amoureux mis directement en scène : Etaix s'imagine fricotant avec de jolies jeunes filles, mais à l'occasion d'un travelling, ou d'un recadrage, ou d'un contre-champ dans un miroir, on s'aperçoit qu'il est tout seul, mimant les postures amoureuses dans une ambiance un peu pathétique. Très beaux gros plans, également, sur la fascination que les êtres exercent sur notre Pierrot : une icône glamour vue à la télévision, ou la simple observation du protocole amoureux dans une discothèque, sont l'occasion d'une scrutation millimétrée du visage de l'acteur, d'une poésie magnifique : le personnage regarde le monde en exclu, désirant à tout prix ressembler aux autres, rentrer dans le jeu ; ces simples gros plans très lents montrent toute cette envie, toute cette frustration. Ensuite, les gags vont consister à filmer l'inadaptation totale du compère : quand il veut imiter les dragueurs du samedi soir, il se plante vlcsnap_2011_04_03_20h04m01s130complètement. Les seules femmes qui veulent de lui s'avèreront être une pochtronne lourdosse, vulgaire et tout aussi désespérée que lui, et l'employée de maison scandinave qui ne parle pas un mot de français et ne pourra pas répondre à sa demande en mariage. Le plan final, magnifique "travelling dans le travelling" (un train qui démarre en fond, et devant, Etaix sur une plateforme de bagages en mouvement qui s'éloigne de sa bien-aimée) montre bien le sens de l'espace et du minucule gag qui marque tout ce film. Film qui n'hésite pas à aborder d'autres types d'humour, parfois complètement absurde (le père qui picole et fume en cachette de sa femme, dans une surenchère de n'importe quoi) ou surréaliste (l'employée de maison qui ne fout strictement rien pendant tout le film, puisqu'elle ne comprend rien de ce qu'on lui dit). Bien joli.