heureux_anniversaire1Encore un très joli moment de douceur et de poésie de la part de notre ami Pierrot, qui, ne se prenant pas plus que ça la tête sur le scénario, nous sert une chronique croquignolette de notre bonne vieille société à travers sa rapidité et son speed. A cheval entre Jacques Tati et l'école du cirque, le film suit les déboires d'un petit personnage qui veut fêter son anniversaire de mariage. Madame l'attend à la maison, mais monsieur est sans arrêt freiné par les embouteillages, les places de parking trop étroites, le toit ouvrant de sa bagnole qui sectionne ses fleurs, et autres joyeusetés. Ça n'est vraiment pas grand-chose, mais à l'instar du Tati de Jour de Fête, par exemple, c'est rempli de 10000 minuscules trouvailles, de gags très discrets et modestement dessinés qui finissent par toucher. C'est dû à un travail précis et craquant sur le son (les dialogues qui se résument à quelques phrases toutes faites, genre "Rho ben dites donc, vous alors, hein !"), à un tempo impeccable (le sens de la chute du gag, le léger suspend entre chaque idée avant de relancer l'action) et à une ambition plus grande que prévue dans la mise en scène : Etaix sait varier ses plans, embarquer ici une caméra en voiture, user là d'un contre-point intéressant dans le montage, ou insérer des gros plans très poétiques à l'intérieur du chaos. Il y a également un moment de bravoure, un travelling le long d'un embouteillage, où on découvre toutes les occupations des gens dans leurs bagnoles (dicter une lettre, piquer un roupillon, démarrer une belote, etc.). Enfin, la dernière image marque des points : le gars, enfin arrivé chez lui, qui découvre sa bourgeoise de femme complètement beurrée et écroulée sur la table (elle n'a pas réussi à l'attendre sans picoler). Le seul reproche au demeurant qu'on puisse faire à ce film est d'arriver après Tati ; mais Etaix en est un élève brillant, et réussit à imposer une patte personnelle, plus surréaliste et plus mélancolique, à l'univers de son maître.

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