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Une comédie de Barillet et Grédy, créée par Jacqueline Maillan, avec Deneuve en survêt et Depardieu en... et Depardieu, sur le papier, c'est un peu la description de l'enfer, je pense qu'on est tous d'accord. Eh bien c'est un peu mieux à l'écran, heureusement puisque c'est le gars Ozon aux manettes. Cela dit, si on n'est pas dans l'enfer, on est quand même loin du paradis. Tout ce qui épate d'habitude chez Ozon est ici totalement raté, à commencer par l'audace. On comprenait la part de second degré qu'il y avait dans 8 Femmes ; Potiche, lui, semble en être complètement privé. Franchement où est l'audace, où est même le fond, dans cette farce lourdaude, qui fait semblant d'être féministe pour mieux étaler sa condescendance vis-à-vis des femmes, datée comme c'est pas permis (la pièce était sûrement déjà réac aux temps de Maillan), qui enchaîne les bons mots dignes d'un Jacques Martin ? Strictement sans aucun intérêt, le scénario ne fait pas sens du tout dans notre monde d'aujourd'hui, malgré les efforts d'Ozon. Oui, car le gars se pique de modernité, voire d'hyper-fashionité : pour lui, ce combat entre un homme d'affaires hautain et son épouse consentante mais consciente, c'est le combat Royal/Sarko. Bon, d'accord, mais et alors ? Une fois découvert le "message" (n'importe quel crétin le verrait une fois qu'est prononcée la phrase mythique : "Casse-toi pauv'con"), qu'est-ce que ça dit de plus ? Ah ben rien, c'est juste rigolo de voir qu'en 1977, c'était les mêmes comportements phalliquo-dominateurs et les mêmes sarcasmes.

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La pièce ne disait rien à sa création (à part peut-être : "les femmes ont droit au pouvoir, à condition que ce soit une comédie"), elle ne dit toujours rien aujourd'hui. Pire, elle bloque tout : les acteurs sont contraints au sur-jeu, la musique se doit d'être ringarde, la mise en scène est obligée de s'enferrer dans une reconstitution (certes, très bien faite, photo, décors et costumes) un peu étouffante. Ozon a beau essayer de faire son malin en produisant cet objet hors de toute mode (partant du principe que ce qui est hors mode est super à la mode), il ne fait que s'agiter pour masquer le vide. A l'image de Luchini, en sur-régime, et je vous laisse imaginer ce que ça donne : il joue pour la galerie, mal tenu, avec même des regards (voulus ? vraiment ?) vers le parterre de spectateurs dans un exemple de cabotinage écrasant. Deneuve est également souvent à la limite, mais pour elle ça semble quand même fait exprès, en atteste sa première séquence avec des petits oiseaux et des zolis écureuils. Quant à Depardieu, franchement il s'en fout, c'est Depardieu, on va quand même pas lui demander de jouer encore en plus. Plus convaincu par les seconds rôles, Godrèche étonnamment expressive, Viard intéressante dans un rôle impossible à rendre intéressant, et surtout Jérémie Rénier, très drôle. Mais bon, si l'ambition nouvelle de Ozon, c'est de faire des comédies enlevées avec des comédiens connus, je risque de ne plus suivre, je tiens à le prévenir.

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Fort heureusement, il y a un autre aspect de Potiche qui est bien plus attachant : celui de la cinéphilie. Il avait déjà fait le coup avec 8 Femmes ; Ozon retente la botte appelée "référence qui tue et qui du coup sauve les meubles". Potiche est une succession de clins d’œil énamourés à un certain cinéma, le spectre étant d'ailleurs très large. En filmant Deneuve, il filme Les Parapluies de Cherbourg, et c'est poignant de voir la dame se promener au milieu des pébroques de toutes les couleurs ; en en faisant une révolutionnaire qui s'ignore, il va faire un tour pour le moins osé vers Il était une fois la Révolution et ses flashs-back bouleversants ; en l'opposant à Depardieu dans un ballet érotico-nostalgique, il convoque 30 ans de cinéma français, citant texto Le Dernier Métro, Drôle d'endroit pour ue Rencontre, et même, plus pointu, les films de Corneau (Le Choix des Armes, surtout). L'intimité qu'il parvient à trouver dans les scènes de duo entre les deux compagnons tombe souvent très juste, et dans ces séquences-là Ozon cesse enfin de jouer au génie pour redevenir le petit garçon émerveillé par le cinéma. Même s'il passe à côté de LA scène qu'il ne fallait pas rater (une danse entre Depardieu et Deneuve, où lui est emprunté, mal à l'aise, où elle est fade, et où surtout la musique, pourtant souvent géniale chez Ozon, est mal choisie), on aime ce côté sentimental, le seul qui donne une piste pertinente à ce film creux. Il serait temps qu'Ozon osât à nouveau un peu plus que ça.   (Gols 14/11/10)

 


Ah ben oui, tiens, c'est bizarre, j'étais resté dans l'idée que mon comparse Gols avait apprécié ce film et puis en relisant son article, je vois bien qu'il ne fut guère plus emballé que moi... J'en sors tout juste, et je me dis qu'à part deux trois petites répliques bien balancées par la Deneuve - j'adore son sens du phrasé, elle est toujours dans le bon timing pour balancer une ptite vanne - force est de reconnaître que le film est loin de m'avoir épaté (beaucoup aimé tout de même le "ah non pas Jean-Charles !" mais on est dans le private joke pur et dur...). Le discours féministe ne fait en effet guère long feu et les clins d'oeil ségolènien, notamment, semble déjà dater de Mathusalem ; quant à cette chute "fleur bleue dégoulinante", elle tombe franchement à plat, comme si Ozon s'était dépêché d'en finir, totalement à court d'idées - aurais bien vu un ptit roulage de pelle entre Rénier et le blondinet qui participe à la campagne de sa mère(son demi-frère si j'ai bien tout suivi... Ozon flirtant déjà gentiment auparavant avec le tabou de l'inceste, seule véritable petite provocation quand on y songe - "Bah, soyons modernes", comme dirait Deneuve) mais il semble avoir laissé tombé cette piste en cours de route. Pour le reste vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent... La "nostalgie" ozonesque ne fonctionne en effet réellement que dans la réunion du couple Depardieu / Deneuve, mais en dehors d'un petit bécot lourd de sens à la sortie du Badaboum, la magie a bien du mal à fonctionner - qu'est-ce qu'il est lourdingue, le Gégé, faut dire, on dirait qu'il danse suspendu à un treuil... Aucun doute sur le fait que le meilleur film d'Ozon en 2010 demeure Le Refuge (qu'on est douze à avoir vu et trois à avoir aimé), cette petite comédie politico-boulevardesque lui ayant, pour finir sur une bonne note, au moins permis de renouer avec le public : tant qu'il peut se permettre de faire deux films par an et qu'il y en a au moins un à garder, on ne va pas lui reprocher de chercher à se "diversifier". On attend tout de même, au niveau de ses oeuvres dites "plus légères", un peu plus de causticité de la part du François.   (Shang 31/03/11)

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