vlcsnap_2011_03_29_23h05m51s158L'association Wenders-Handke a donné de belles choses par la suite, mais là, pour le premier film du Wim, on ressort un peu assommé de ces considérations absurdo-métaphysico-sérieuses comme un pape. Le film est certes intéressant quand on connaît la carrière de Wenders. Dès ces premiers pas, il montre une vénération totale pour l'errance, sujet même du film, et pose déjà sa caméra le long des nationales crasseuses, des banlieues urbaine grises et des petits hôtels miteux. On y suit Joseph Bloch, gardien de but de son état, suspendu pour avoir provoqué une bagarre lors d'un match, et qui en profite pour aller retrouver une femme abandonnée depuis longtemps. En chemin, il rencontre d'autres personnages aussi paumés que lui, faune interlope de la nuit, patrons d'hôtel finis, flic bavard, femme de ménage triste, et caissière de cinéma que notre homme finira d'ailleurs par étrangler sans raison et sans que ça n'apporte la moindre conséquence à son errance.

vlcsnap_2011_03_29_14h12m01s97On comprend le truc : la vie n'a pas de sens, et on ne peut que l'affronter avec hébétude. Wenders filme avant tout le monde (notamment avant Jarmusch, qui livrera l'oeuvre ultime sur le sujet, le grand The Limits of Control) ces territoires envisagés comme des espaces mentaux privés de tout repère, et qui sont autant de projections de l'intimité du personnage, directement issu de la littérature allemande du début XXème (Böll, Mann et surtout Musil). On distingue déjà là-dedans une fascination pour l'Amérique, dans ces plans fortement imprégnés d'atmosphère urbaine, dans ce goût pour les longues routes perdues (très bien captées par des travellings incessants). Mais malgré ces qualités de réalisation indéniables, le film tombe des yeux par ses poses de scénario et d'auteur intellos : Wenders a du mal à tenir le rythme sur la longueur, et on est vite lassé de ces phrases qui disent sans dire tout en disant, de ces bribes de situation qui ne débouchent jamais sur une scène entière, de ce personnage auquel on ôte toute expression de peur d'en dire trop. On est d'accord : le monde est absurde ; mais il eût fallu, pour l'exprimer, une touche un peu plus poétique, un peu plus folle, que ce qu'on voit là. Un film pesant, pas mal par endroits tout de même, mais beaucoup trop crâneur pour vraiment toucher ou interroger.