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Voilà un film noir bien étrange, loin d'être exempt de faiblesses - et je ne parle pas seulement de la qualité de la copie (pourtant rénovée) qui a morflé aussi bien au niveau du son que de l'image - mais qui possède tout de même "ses moments" ; au-delà de certaines séquences qui restent en tête et d'une intrigue assez "tortueuse" (ambiance noir de chez noir qui nous mène jusqu'aux tréfonds d'une psyché), il faudrait aussi bien sûr relever la présence d'acteurs qui livrent des prestations savoureuses : il y a en premier lieu ce couple de criminels très suaavvvves composé de Steve Cochran (petite moustache à la Gable mais pas vraiment le grand gentleman : il faut voir la baffasse qu'il retourne à son esthéticienne, d'entrée de jeu, pour comprendre que le type, derrière ses petits airs affables et précieux, est un vrai enculé ("I'm sorry, dit-elle après lui avoir filé un chtit coup de lime de travers, but you moved !" - the giflasse, donc, et cette petite répartie de notre homme qui enfonce le clou : "But you didn't... quick enough"... aïeuuuh)), et de l'incontournable Peter Lorre avec son mètre douze et sa voix de miel, véritable sadique né. Face à eux, Robert Cummings et la belle Michelle Morgan sont bien mignons, mais manquent sans doute d'un poil de punch pour nous "séduire" autant... Une intrigue a priori ultra classique - le Robert, engagé comme chauffeur auprès de Cochran, veut se faire la malle avec la femme de ce dernier, la pauvre Michelle, épouse aux abois (pour situer un peu le genre d'homme qu'est Steve, il nous suffit d’évoquer cette effroyable séquence où il enferme un type dans sa cave pour qu'il se fasse bouffer par son molosse... po un tendre, non). On pense assister à un chtit film noir de base jusqu'à ce que ce que le film aux deux tiers prenne une tangente... cauchemardesque.

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Robert pensait faire une bonne action en rendant à son proprio le portefeuille qu'il avait trouvé dans la rue : il ne savait pas encore où il mettait les pieds ; il se fait engager pour la peine par ce trouble Cochran qui salue son honnêteté ; le premier test que celui-ci fait subir à notre Bob devrait pourtant lui mettre la puce à l'oreille : le type est un vrai malade. Alors que Robert conduit paisiblement son nouveau boss, ce dernier appuie sur une pédale d'accélérateur accessible depuis la banquette arrière (du jamais vu !...). Robert ne perd pas son sang-froid, alors même que le compteur est en train d'exploser, et se retrouve à deux doigts de ratatiner la caisse contre un train lancé à pleine vitesse. Il garde le sourire, le bougre, et son boss de jouir de ce petit coup fourré (Peter Lorre est quant à lui vert-amande, mais cela semble sa couleur naturelle). Robert ne tarde pas à faire la connaissance de la femme désespérée du dit boss qui lui propose de se barrer à la moindre occase à Cuba. Notre homme, pas bégueule, accepte (j'aurais fait pareil), l'embarque en bateau, à peine arrivés l'embrasse goulûment, danse langoureusement avec la Belle avant de se retrouver - ouf, un peu d'action, ça commençait à devenir un peu marshmallow - avec un cadavre sur les bras : la pauvre Michelle s'est faite lâchement poignarder. Robert a la police sur son dos et le porte-flingue Peter Lorre à ses trousses ; il se bat comme un beau diable pour sortir indemne de cette chute aux enfers et juste au moment où... oups, il se réveille, tout patraque... Retour à la case départ, il ne s'est point encore fait la belle avec Michelle... Pour une surprise...

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Robert Cummings - dont on avait remarqué dès le départ qu'il avait besoin de sa dose de médocs pour tenir le coup - se retrouve, tout comme le spectateur, entre fantasme (j'ai déjà eu des boss qui étaient de vrais saloupiots, mais aucun dont la femme arrivait à la cheville de Morgan - sinon vous pensez bien que...) et cauchemar (c'est là tout le petit côté vicieux de ce film qui fait la part belle aux répétitions : les topoï du genre reviennent en boucle et notre Robert, ancien Marine, traumatisé voire "comateux" depuis la guerre, qui semblerait ne pas parvenir à s'extraire de ses délires - un genre d'Inception avant la lettre, fi !)). Cette œuvre possède une vraie noirceur notamment lors des séquences à Cuba, Lorre et Cochran interprètent, pour notre plus grand plaisir, des méchants de chez méchant presque too much, l'intrigue est suffisamment retorse pour nous surprendre... dommage que le film baisse parfois méchamment d'intensité, que la fin ne soit point assez... noire ou pas suffisamment ambigue (il y avait pourtant matière pour laisser planer un peu plus le doute quant à l'issue de l'histoire...) et qu'il manque une chtite patte de personnalité au gars Ripley qui avait pourtant le nom de l'emploi (Riplay, Re-play, clic-clic...?). Intriguant, original, mystérieux, mais The Chase demeure sans doute un peu trop cheesy, notamment sur la fin, pour être réellement inoubliable...

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