Piranha_3D_quelle_celebrite_voulez_vous_voir_se_faire_devorer_dans_la_suite_image_article_paysage_newA priori, un film auquel on ne peut rien reprocher au niveau de la vraisemblance. Dans un esprit proche des documentaires à la Rosselini, Aja nous narre une histoire qu'on soupçonne être vraie : une faille préhistorique se rouvre sous l'eau, libérant des piranhas monstrueux qui vont décimer une horde d'ados qui font la fête au bord d'un lac. Mais une policière, aidée de son fils engagé par un réalisateur porno, va mettre fin aux agissements condamnables de cette faune, non sans qu'on en soit passé auparavant par de nombreux étripages, corps coupés en deux et autres énucléations opérés par les poissons. On y croit, et la précision très fine du jeu des comédiens, associée au souci de véracité scientifique (on compare ces piranhas avec une roche préhistorique, comme quoi) et à la fulgurance des dialogues ("diiiiiie, you f***ing fishes", suggère avec talent Ving Rhames en renouvelant la recette de la bouillabaisse à l'aide d'une hélice de bateau) font de ce film un intéressant succédané aux oeuvres d'un Depardon, par exemple. On y croit, et on est étonné par l'intelligence et la profondeur des personnages : Jerry O'Connell, par exemple, dans une splendide création de personnage à la Al Pacino, a en charge une très belle dernière phrase avant de mourir ("Wet tee-shirt, wet tee-shirt"), qui prolonge merveilleusement son rôle de pornocrate et lui donne une tendresse inattendue. Les figurantes, également, donnent l'exemple non seulement de tours de poitrines qu'on imagine dopés par la 3D (j'ai malheureusement vu le film en 2D, ce qui m'a empêché d'apprécier à sa juste valeur cette plastique, tout comme la subtile idée de la bite qui flotte avant d'être avalée puis recrachée par un piranha, ou le poétique plan de la fille qui vomit sur la caméra), mais également d'un éventail de cris porcins qui collent bien avec la situation (être démembrée par des poissons).

piranha_3d_de_alexandre_aja_7265073tjgeqOn peut certes reprocher à Aja un certain manichéisme : les personnages des piranhas, par exemple, sont traités un peu d'un bloc, et ont peu de place pour exprimer la tendresse ou même une nuance dans leur voracité. On peut regretter aussi que Aja se montre aussi peu disert sur les fesses et poitrines de son casting féminin : à part les 96 scènes consacrées uniquement aux filles à poil, on a peu l'occasion, dans les 6 minutes restantes, de contempler du cul. Dommage, car ses actrices ont bien du talent pour s'exprimer avec leur anatomie ; de même que la partie masculine, à laquelle le scénario confie la partie bière et éructations, met en valeur la critique sociale d'un film qui cache derrière des airs de crétinerie arriérée un fulgurant discours sur la différence des sexes (surtout concernant leur longueur). On est également en droit d'y voir un portrait sensible de la communauté face au danger : quand des poissons attaquent (ce qui, vous le reconnaîtrez, peut arriver), comment se comporte l'Homme, entre la fuite en bateau au milieu des nageurs (et les fatales morts brutales qui en résultent) et les filles qui s'en déshabillent de peur (réaction peu banale mais qui, vous le reconnaîtrez, peut arriver) ? Ah oui : on aperçoit aussi Richard Dreyfuss. Reste à espérer que la suite de ce film développera un peu plus une piste intéressante mais pas assez creusée dans cet opus-là : les piranhas vont-ils grandir encore ? et peut-on réellement creuser une faille préhistorique avec une cannette de bière ?