downtown81Le film idéal pour vous replonger en apnée dans le milieu interlope du New-York du début des années 80, milieu musical, pictural, et cinématographique. Ce docu-fiction assez inclassable est une errance à la Jarmusch le long des trottoirs et des fêtes de la Grosse Pomme, sur les traces du regretté Jean-Michel Basquiat (trépassé en 1988, soit 7 ans après le tournage mais deux ans avant la post-synchro, d'où une étrange impression d'irréalité dans le traitement du son...). Un scénario prétexte (Basquiat cherche à vendre une de ses toiles) pour mieux se balader auprès de ce qui faisait la pointe du fashion de l'époque : punks expérimentaux, défilés de mode barrés, adeptes du street-art et du tag sauvage, etc. On reconnaît avec bonheur quelques figures (James White, Kid Creole & the Coconuts (!), la chanteuse de Blondie) mais on croise surtout une bande d'allumés : groupe japonais manifestement sous l'emprise de substances illicites, guitariste à rouflaquettes tentant la démesure, mannequins sirupeux et autres. Basquiat (et le réalisateur avec lui) regarde tout ça avec l’hébétude et l'humour de rigueur, en même temps très présent par son art, qu'il reproduit sur les murs de New-York sous la forme de slogans mystérieux, et comme retiré, comme absent de ce fourmillement créateur.

Downtown_81_Anne_Carlisle_10Le film n'a que peu d'intérêt formel, étant même souvent maladroit dans son montage (ces gros plans en insert qui choquent le regard) ; Basquiat n'est pas l'acteur du siècle, même si ce défaut participe au précieux amateurisme du film ; et on voyage souvent de cimes (la musique, la captation fine de l'énergie urbaine) en abîmes (les tunnels d'ennui que sont ces travellings à répétition, agréables au début puis bien trop "repérés" à force). Mais il y a là-dedans une qualité presque historique, une manière de sauver de l'oubli ces quelques années de liberté créatrice totale que furent les années-punk. Downtow 81 fonctionne merveilleusement en tant que documentaire, touchant concrètement du doigt la saveur de cette époque. Grâce à cette maladresse assumée, à ce désordre consenti, à cette façon de créer le hiatus entre les scènes, Bertoglio rejoint la tradition des documentaristes rock passés (Pennebaker ou les frères Maysles) tout en s'intéressant à des artistes moins repérés que ceux-ci. L'ombre de Warhol plane derrière tout ça, et même s'il n'apparaît pas à l'écran, on sent derrière le style de Bertoglio un amour de la vignette, de l'icône glamour, et une glorification de la ville et de la consommation qui est très proche du maître du pop. Une archive précieuse d'un temps oublié (et c'est bien dommage).

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