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Vrai "bon gros nanar seventies" ou véritable délire cinématographique sur la "corruption-globale-qui-gangrène-notre-petite-planète" signé du très caustique Gary... J'avoue que, ne serait-ce qu'au niveau formel (film monté comme un cheval de rodéo, musique vintage tonitruante, direction d'acteurs inexistante...), j'aurais tendance à pencher en faveur du premier constat... et pis d'un autre côté, mon esprit de contradiction sans doute, il y a quand même quelques aspects thématiques tellement propres à l'univers de l'écrivain que je serais prêt à défendre (plus ou moins bien) le bazar. Gary mêle dans un genre de grand fourre-tout une intrigue de film d'espionnage (un agent à la poursuite d'un cartel de la drogue et du porno), de polar à la Bronson-Eastwood (un franc-tireur qui dézingue tous les méchants), d'aventures et d'action (course-poursuite avec moult cascades et explosions au Pakistan), de drame sentimental (les problèmes conjugaux entre la Seberg (eh ouais forcément) et son mari (Mason qui tente de passer incognito derrière sa drôle de barbe...), avec, en prime, une pincée de psychédélisme grand-guignolesque pour clore le tout... Rien moins que ça.

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Dès le départ, on craint un peu le pire, sentant venir le coup de la trame méchamment alambiquée - tentons de faire simple malgré tout - : l'agent Mason est envoyé au Pakistan pour faire tomber une organisation internationale mêlée au trafic de drogue et accessoirement aux films porno (scène assez hallucinante que celle de cette "boîte" où se trouve une multitude de femmes en tenue d'Eve... cela a bien changé le Pakistan, quand même...). Dans son sillage, un tueur apparemment en roue libre et, pour corser le tout, sa femme (la Jean) qui s'emmerdait tellement en Suisse qu'elle a décidé de son propre chef de faire, en solo, le voyage... Il faut bien sûr ajouter à cela une poignée de flics locaux, dont on ne sait pas vraiment à quel jeu ils jouent, et d'individus louches... Seberg ne tarde point à faire connaissance avec le fameux tueur Brad Killian (dit Kill, pour faire simple), couche avec, le quitte, revient à son mari, le lâche... Popopo... Ah puis, tiens, on se rend compte chemin faisant que notre ami Mason bosse à la solde des trafiquants - un agent double, triple ?... Le compte est bon, attendons patiemment la fin pour y voir plus clair. Ah ouais, une fois que les trois quarts de la distribution ont été décanillés, c'est tout de suite plus limpide. Quoique.

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A défaut de se passionner vraiment pour cette trame qui nous fournit notre lot de séquences pseudo-érotiques (les coucheries de Jean, la boîte de gonzesses à poil, les micro bouts de films porno projetés (tiens un berger allemand ?... ouf, heureusement, c'est coupé)) pathétiques et piteuses (l'interrogatoire que fait subir le tueur à la pauvre Jean, en la faisant tourner sous trois spots de couleur pendant des plombes - aïe...) sanguinolentes (trouvez le nombre exact de cadavres et je vous paye, de ma poche, une place pour le dernier Dany Boon - je prends pas de risque) et explosives (ça flambe bien, une station service, pas de doute), on essaie de déceler ici ou là ce que Gary tente de nous faire passer comme idées. On découvre la Jean avec une coiffure afro (petite pique, moi je dis) qui tente de tenir un discours idéaliste ("Mais le sauveur est déjà apparu il y a 2000 ans", lui balance Mason - re-petite pique, quand même) et quand celle-ci tombe dans les bras du premier venu (le tueur), on se dit que, sur un plan perso, le Romain se révèle résolument caustique à son égard. Ensuite, il y a le personnage de Mason : ce flic droit dans ses bottes, au premier abord, est en fait corrompu jusqu'à la moelle et il tente de se justifier en disant, grosso modo, qu'il serait bien dommage de ne pas en profiter vue la marche du monde... Ah. Il finit par avoir, juste avant de mourir, une vision totalement délirante (si la scène où tous les trafiquants sont abattus est du grand-guignol - il se trémousse au ralenti sous les balles -, celle où Mason imagine tout ce petit monde sauter sur des trampolines frôle le délire absolu) comme si finalement le néo-cinéaste cherchait à finir par une pirouette (sens propre et figuré) sur cette grande farce qu'est l'humanité. Enfin il y a ce fameux tueur, ancien membre déçu de la police, qui "nettoie le monde" à sa façon, figure éminemment ambivalente - pris lui-même dans le "système" et dans l'engrenage de la violence, comme lui reproche Mason, ou genre de franc-tireur idéaliste à la sauce (piquante) Gary (il finit d'ailleurs par emballer la Jean) ? En un mot comme en douze, il y a dans ce Kill un peu à boire et à manger, un petit côté bordélique qui peut aisément agacer (j'en conviens) ou charmer les inconditionnels de l'écrivain. J'avoue être, sur le coup, encore un peu tir-aillé...

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