20090703_cuckoosnest_450Un classique qui n'a pas tant vieilli que ça et qui fait encore aujourd'hui tout son effet. Les motifs de ce film sont maintenant tellement connus (le bonnet de Nicholson, la musique à la scie, le gros plan sur l'électro-choc) qu'on pourrait s'attendre à ne plus vibrer à la revoyure. Loin s'en faut : Forman a tellement réussi sa galerie de personnages, ses atmosphères et ses dialogues, que One Flew overs the Cuckoo's Nest garde tout son charme, aussi bien dans le côté violent que dans le côté comique.

Je ne suis pas un grand fan de ces constructions d'acteurs qui visent l'Oscar, mais le fait est que dans ce film, on est bluffé par la véracité des comédiens : du bègue Billy Bibitt tourmenté par sa mère et puceau malgré lui, à Martini qui ne comprend rien aux règles des jeux (il avale les hôtels du Monopoly avec un bel élan), du dangereux Taber au regard de fou, à ce cocu psycho-rigide qui affiche constamment une tronche d'enterrement, les personnages font franchement 90% de l'intérêt de la chose. Forman sait toujours les regarder avec une caméra très frontale, qui leur ménage à chacun leur moment de gloire. C'est toute la beauté de ces successions de gros plans montés au millimètre dans les one_flew_over_the_cuckoos_nestséquences de réunions, les plus belles : une phrase, un geste, puis l'éventail des réactions captées en plans serrés. Il y a là une précision de mise en scène super-efficace, qui nous donne l'impression d'être immergé au milieu de ces barjots. Au premier rang des acteurs, bien sûr, il y a la lugubre Miss Ratched (Louise Fletcher et son visage complètement opaque absolument effrayante et monstrueuse) et surtout McMurphy, alias Jack Nicholson : son jeu toujours à la frontière entre le clownesque et la vérité psychologique, son goût du "jeu" (au sens enfantin du terme), son travail absolument énorme sur son visage et sur ses rythmes de diction, nous confirment la chose : c'est le meilleur. Vraiment spectaculaire de le voir jongler entre l'humour et le tragique, dans une palette d'expressions effarante qui va de la pure horreur (le masque grec lors de la scène des électro-chocs, les sourires inquiétants à la Shining) à la farce pure (la scène d'escapade en bateau ou le déchaînement improvisé pour le match de basket. Sur ses traces, Forman tente avec bonheur le coup de l'humour au sein d'une histoire absolument effrayante, prenant même le risque de nous faire rire avec le handicap et la misère psychologique : ses "freaks" sont souvent hilarants, mais jamais Forman ne nous met au-dessus OneFlewFredericksonSefeltTad'eux, jamais son regard n'est moqueur ou condescendant : le film respire réellement l'humanité, mais sans mièvrerie et en sachant aussi rire des déviances de chacun.

Pour le reste, on connaît l'efficacité de ce film, très joliment raconté et écrit, et nous assénant plusieurs coups de poing bienvenus, pas la peine d'y revenir. Un classique, vraiment, à revoir encore et toujours.